I. De Incarnatione, quœst, decim,, a. vi
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veraine qui contient et domine tous les lieux comme tous les temps. L'homme est libre, et sa liberté est la condition du mérite; mais elle doit être aidée et prévenue par la grâce. Si Ton interprète comme Dom Ceillier quelques textes allégués par le docte bénédictin, Hilaire aurait pensé que la volonté de croire n'est libre et partant méritoire qu'à condition de ne pas venir de la grâce « .... quse si data esset (voluntas), non haberet fides prœmium^ eu m fidem nobis nécessitas affixœ ^oluntatis afferret. » [De Trinit,^ 1. VIII, n. 12). A l'époque même où cette critique se produisait, les mémorialistes de Trévoux répondirent que le langage d'Hilaire excluait seulement la grâce nécessitante, la grâce telle que l'entendaient Jansénius et Quesnel. Des textes nombreux^ cités par Ceillier lui-même, expliquent, complètent, et, s'il en est besoin, redressent les textes qui semblent trop accorder aux forces de la nature. « De pécheurs, nous sommes devenus justes ; du vice, nous avons passé à la vertu ; notre ignorance des choses divines s'est changée en science, et notre mort en immortalité ; cette transformation vient de Dieu qui nous accorde la grâce de déplorer les fautes passées et de commencer une vie nouvelle de bonnes œuvres. » [In Ps. CXXV.) C'est Dieu aussi, d'après Hilaire, qui donnait aux apôtres et aux martyrs leur indomptable constance. Faible comme il l'est, entouré d'embûches
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^ qui mettent en péril ses plus fermes résolutions ,
^ que deviendrait Thomme sans un continuel sc-
N cours de Dieu? C'est surtout au commentaire sur
*S^ les psaumes, œuvre de la vieillesse d'Hilaire, que
nous empruntons ces témoignages ; on dirait que le saint évéque, éclairé par une expérience longue et attristante, affermi par une grâce qui ne lui a / pas manqué et à laquelle il n'a pas manqué non
I plus, sent mieux la misère de Thomme et la toute-
i puissante bonté de Dieu. Il affirme l'irrémédiable
caducité des entreprises et des efforts auxquels Dieu n'a point collaboré. « Le prophète a dit vrai lorsqu'il a déclaré inutiles les œuvres purement humaines; il sait que nous prolongeons en vain nos veilles, et que de stériles soucis nous font sans profit lever avant l'aurore... A Dieu seul d'édifier la maison qui doit durer. . . ; à Dieu seul de garder la cité qui ne doit pas périr.... » (InPs. CXXVI, n. 5). Cette vie éternelle et bienheureuse, objet de nos désirs, nous ne l'attendons pas de nousmêmes, mais de la miséricorde infinie de Celui qui se nomme le père des miséricordes. (//* Ps. CXVIII )
N'oublions pas, d'ailleurs, avant de laisser ce sujet, qu'un juge aussi sévère que bien informé, saint Jérôme, a loué sans réserve les ouvrages de l'évêque de Poitiers. N'oublions pas non plus qu'Hilaire écrivait antérieurement à la controverse pélagienne; or, c'est une remarque de Bos-
sue^ traduisant saint Augustin, « avant la naissance des hérésies, il ne faut pas exiger des Pères la même précaution dans leurs expressions que si les matières avaient déjà été agitées, parce que la question n'étant point émue, les hérétiques ne leur faisant pas les mêmes difficultés, ils croyaient qo^n les entendait dans un bon sens, et ils parlaient avec plus de sécurité^... »
Saint Augustin, contre les négations pélagiennes, a invoqué le témoignage de saint Hilaire sur le péché originel. « Remarquez, » dit-il, citant un ouvrage qui a disparu, « ce que le bienheureux Hilaire enseigne dans son Homélie sur le livre de Job ; comment cette guerre incessante que le démon nous livre, en excitant ce qu'il y a en nous de mauvais, doit tourner à notre avantage, la divine miséricorde se servant de la malice même du diable pour nous purifier. Si grande et si admirable est la bonté de Dieu, dit saint Hilaire, que celui-là même qui nous a fait perdre par le péché d'Adam le don magnifique de notre première et bienheureuse création, nous sert à recouvrer ce que nous avons perdu. S' aidant de la faiblesse de notre chair, Satan tourne contre nous toutes les flèches de sa puissance ; il allume en nous les feux de la luxure, il nous pousse à Tivrognerie, il nous excite
I. Défense de la tradition et des SS, Pères ^ partie II, livre VI, chap. i.
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j à la haine, il nous arme pour le meurtre; en fo-
i mentant d'âpres ressentiments, il nous porte à
J médire. Mais si notre âme réprime avec vigueur
*^ toutes ces amorces, une glorieuse victoire nous
S purifiera du péché. Il a été dit : Comment se pur l-
P fiera V homme né de la femme ? S'il n'y avait pas
* d'ennemi, il n'y aurait pas de guerre non plus; et
/ où il n'y a pas de guerre, la victoire aussi fait
{ défaut* » Ce texte est précieux, mais il n'est pas
* le seul, et dans les ouvrages qui nous restent,
l'évêque de Poitiers a maintes fois affirmé la déchéance originelle. Par la prévarication d'Adam, dit-il, le péché en quelque sorte est devenu le père de notre âme' ; par la prévarication d'Adam, nous sommes devenus des bannis. « Quiconque se souviendra que la faute du premier homme l'a exilé de Sion, la cité sainte où l'on vit sans cupidité, sans douleur, sans crime, et l'a relégué dans Babylone, la ville de confusion, l'a assujetti aux troubles des passions et aux convoitises des sens : celui-là, véritablement captif, dira avec le prophète : Sur le boî^d des fleui^es de Babylone nous nous sommes assis, et nous aidons pleuré au soui*e^ nir de Sion^, »
Hilaire oppose au péché originel le baptême qui en est le providentiel remède; et en abordant la