IGNACE ET LA CONVERSION DES J-UIFS
grâiçe au secours d'en haut, il vit réussir son projet. Il obtint ensuite du Pape Paul III que les convertis ne perdraient plus leurs biens en quittant le judaïsme; c'était briser celte malheureuse chaîne de l'intérêt, plus forte souvent que les invitations de la grâce, et qui en empêchait un grand nombre de se rendre aux lumières de la vérité. Il obtint encore que les enfants c|ui s'enfuyaient pour se faire chrétiens, malgré la volonté de leurs parents, n'en hériteraient pas moins de ce qui aurait dû leur re- A'enir, s'ils étaient restés dans la maison paternelle et dans leur religion; de plus les biens soupçonnés d'avoir été acquis par l'usure, et dont l'Église peut disposer en faveur des œuvres pies, devaient leur être attribués; enfin tout le temps de leur catéchuménat, ils seraient entretenus aux frais des synagogues d'Italie, qu'on obligerait dans cette intention à payer une contribution proportionnelle à leurs revenus.
Cette œuvre par les fruits qu'elle produisit alors et par sa durée, car elle subsiste encore aujourd'hui, compte parmi les plus considérables de Rome (1). Les démons furieux de ne pouvoir ni abattre la constance du Saint, ni lui persuader de renoncer à son entreprise, voulurent au moins se venger sur lui de ses succès. C'était du reste ce qui arrivait toujours. Ignace n'entreprenait rien de grand pour le service de Dieu que l'enfer ne cherchât aussitôt à le lui faire expier, soit en l'exposant à des périls de mort, soit en soulevant contre lui des accusations infamantes ; toute sa vie fut pleine de semblables coïncidences.
Il avait confié le soin de ses catéchumènes à un prêtre qui paraissait un saint à l'extérieur, mais dont le cœur était rongé par plus d'un vice, et surtout par l'ambition et
(t) Cette maison dite des catéchumènes s'ouvrait non seulement aux Juifs, mais encore aux mahométans et aux infidèles de toute nation On conserve le registre où, de d617à 1842^ sont consignés les noms des gentils qui y reçurent le baptême. Leur nombre s'élève à trois mille six cent quatorze. — Cf. Grétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. I, cb. m, p. 154.