LIVRE IV. — CHAPITRE II
pagnie se soient fixés au service de Dieu, par un acte libre de leur volonté, cependant s'ils touchent encore la terre de leurs pieds, c'est-à-dire s'ils s'appuient sur les choses de la terre par l'affection qu'ils leur portent, notre P. Ignace et la Compagnie ne sont pas pleinement certains de leur vertu. Mais s'ils se maintiennent même quand on leur a retiré tout ce qui peut éveiller les désirs, et s'ils ne touchent plus à aucune chose de la terre, c'est un signe que leur vertu est de bon aloi et qu'on peut s'y fier. Voilà ce que j'appelle en venir au point. Je lui expliquai tout cela d'une manière si vive qu'il ne put s'empêcher de verser des larmes : « Malheur à moi ! disait-il ; autant m'annoncer que je suis condamné au gibet. »
Le résultat de ces rudes épreuves répondit aux prévisions d'Ignace. Loarte n'avait vu dans cette vie de renoncement qu'une longue suite d'amertumes ; mais au bout de peu de mois, il y trouva tant de douceur qu'il allait lui-même à la recherche des humiliations et des mépris. Notre P. Ignace lui donna si pleinement sa confiance, qu'il le nomma Recteur du nouveau collège de Gênes.