CHAPITRE III
i. Circonspection de saint Ignace dans la disposition de ses sujets. 2. Estime qu'il avait pour chacun d'eux.
1. S'occuper de soi-même avec inquiétude, manifester dans ses propres affaires des désirs ou des répugnances, et surtout travailler à faire réussir quelque dessein particulier; c'était, dans la pensée d'Ignace, prendre équivalemment congé de la Compagnie , parce que c'était se soustraire à l'obéissance. Il voulait dans tous les siens un tel dépouillement d'eux-mêmes, un tel abandon entre les mains du supérieur, que semblables à une masse d'argile qui se prête à toutes les volontés de l'ouvrier, ils fussent également disposés à être théologiens ou portiers, à courir au delà des mers, aux extrémités du monde , ou à ne jamais mettre le pied hors de la maison. Il disait encore que ne pas partager les sentiments du supérieur, ne pas se conformer en tout à la manière de voir du supérieur, c'était n'avoir qu'un pied dans la Compagnie. Quand les novices, après leur admission, franchissaient pour la première fois le seuil du noviciat, il leur recommandait de bien se persuader que ce passage du monde à la religion n'aboutirait à rien de stable et de permanent, s'ils ne le franchissaient avec les deux pieds, c'est-à-dire avec la volonté et avec le jugement, et s'ils n'étaient prêts à se soumettre en toutes choses à celui qui les gouvernait au nom de Jésus-Christ.