LIVRE V. — CHAPITRE XVI
lions générales qui se sont tenues depuis sa mort, les ont reçues avec vénération.
40 A ces raisons ajoutez les nombreuses et sublimes révélations, les visions, les faveurs surnaturelles que le P. Ignace reçut de Dieu. Quelques-unes de ces grâces sont rapportées dans l'histoire de sa vie; d'autres, et en plus grand nombre, peuvent se voir dans des cahiers écrits de sa main, au temps où il composait les Constitutions et trouvés après sa mort.
5° Les fruits merveilleux que son Ordre a produits dans tout l'univers, pour la réforme des mœurs au milieu des catholiques, et la conversion à la vraie foi parmi les idolâtres et les hérétiques. Ce sont autant de miracles spirituels qu'il y a eu d'âmes à passer du vice à la vertu, ou de l'erreur et de l'infidélité k la foi de Jésus-Christ ; miracles aussi supérieurs aux miracles opérés dans l'ordre sensible, que les biens surnaturels sont au-dessus des avantages temporels.
6° Les miracles dus à l'intercession de ce saint homme, de son vivant et après sa mort; ils sont racontés dans son histoire, et on en forme en nombre de lieux des procès authentiques.
7° La grande haine que le démon lui porta toujours et les persécutions qu'il ne cessa de soulever contre lui. On a remarqué en effet que les premiers Pères de la Compagnie étant tous ensemble et loin de lui, jouissaient d'une paix profonde; mais dès qu'il venait les rejoindre, il s'élevait aussitôt quelque bourrasque suscitée par la rage du démon. Le P. Lainez dit avoir vu à Padoue un pauvre soldat possédé; cet homme n'avait jamais connu le P. Ignace, et toutefois il le dépeignait d'une manière si exacte que c'était merveille. Or, le démon s'écriait par sa bouche qu'il n'avait point au monde de plus grand ennemi.
C'est aussi ce que proclamait à Rome un autre démon, qui s'était emparé d'un pauvre jeune homme , nommé Mathieu, et qu'Ignace délivra depuis. Quelqu'un ayant
dit qu'Ignace reviendrait bientôt et le chasserait de ce corps, le malin esprit jeta de grands cris, en demandant qu'on ne lui parlât pas d'Ignace, car c'était de tous ses ennemis le plus acharné. A Trapani, en Sicile, un autre démon fit encore le même aveu, aussitôt après la mort du Saint; c'était en présence du vice-roi de Sicile, Jean de Vega, et de quelques autres personnes, parmi lesquelles se trouvait le P. Jérôme Domenech, religieux d'une grande perfection. Provincial de la Compagnie dans ce royaume, qui en envoya le récit à Ptome. Ce témoignage peut être accepté comme preuve de la sainteté duP. Ignace; car s'il n'est pas permis d'ajouter foi à ce que disent les démons, quand ils parlent de leur propre mouvement, on peut cependant leur donner quelque créance, quand ils s'expriment par force et pour obéir au commandement que Dieu leur en fait, pour glorifier ses saints, ou encore quand leurs paroles s'accordent avec ce qu'on sait par ailleurs du mérite des amis de Dieu, et avec d'autres arguments plus manifestes et plus certains.
8° Les nombreuses et violentes persécutions suscitées par cette haine des démons et permises par la volonté de Dieu contre le P. Ignace, avant la fondation de son Ordre, à Alcala, à Salamanque, à Paris, à Venise, à Rome, et après son établissement; iDersécutions soulevées non seulement contre lui, mais contre ses enfants, dans tous les lieux du monde; et d'autre part, la patience, la force, la générosité, l'allégresse avec lesquelles il en triompha : signes manifestes d'une grâce spéciale de Dieu pour l'éprouver et lui donner la victoire sur ses ennemis.
9° Le sentiment de nombreux et très grands serviteurs de Dieu et de personnes très graves qui ont. tenu le P. Ignace pour un saint, comme on le raconte dans l'histoire de sa vie. Il est certain que plusieurs des Pères de la Compagnie, qui, considérés en eux-mêmes, passaient pour des hommes très parfaits, comme Pierre Le Fèvre, Jacques Lainez, François Xavier, François de Borgia et