‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 202 sur 305 · LIVRE VI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE I

dévotion était agréable à la Mère de Dieu. Elle s'était confessée la veille, et, dans un mouvement de ferveur inconsidérée plutôt que de présomption, elle avait dit qu'à son sens la sainte Vierge ne l'aimait pas, et ne la comblait pas d'autant de faveurs qu'en auraient méritées son amour et son entier dévouement. Elle vit dans ce moment même combien elle se trompait. En effet, elle venait à peine d'invoquer Marie qu'elle éprouva son assistance. Tout à coup elle se trouva étendue sur les eaux, les bras en croix, le visage tourné vers le ciel et les pieds aussi étroitement joints l'un à l'autre que s'ils avaient été liés. Dans cette position, elle rejeta sans aucun effort toute l'eau qu'elle avait avalée. Cependant elle continuait à prier la Reine du ciel; car le torrent, grossissant, la portait toujours plus loin. Alors elle se rappelait avec une sorte de remords les paroles de la veille ; elle les trouvait trop hardies et s'imaginait qu'elle en portait la peine.

Outre la sainte Vierge, elle appelait à son secours tous les saints dont les noms lui revenaient à la mémoire ; elle sentait surtout une grande confiance en saint Ignace, non seulement parce qu'elle avait deux frères dans la Compagnie, mais encore parce qu'elle se souvenait d'un songe qu'elle avait eu six jours auparavant. Il lui avait semblé qu'elle était tombée dans la mer, et saint Ignace, lui apparaissant avec Notre-Dame du Carmel, l'en avait retirée et l'avait déposée à terre. Bien qu'elle n'eût alors ajouté aucune importance à ce songe, et l'eût considéré comme une simple rêverie de son imagination, elle avait cependant éprouvé dans son cœur une certaine dévotion pour le Saint : « 0 Bienheureux Ignace, s'écria-t-elle , sauvez-moi; vous savez bien que j'ai deux frères dans votre Compagnie. » Elle était alors à près d'un mille en pleine mer.

Au moment même où elle prononçait ces paroles, tout disparut à ses yeux et à sa pensée, les eaux, la terre, le

danger où elle était, et elle fut ravie hors d'elle-même dans la contemplation d'une vision délicieuse. Elle se vit tout enveloppée d'une nuée parfaitement blanche, et si vaste, qu'elle semblait atteindre jusqu'au ciel, et d'une lumière très douce, semblable, disait-elle, à celle de l'orient quand le soleil est sur le point de se lever; mais bien que l'éclat en fût incomparablement plus vif, les yeux la supportaient sans fatigue. Cette nuée formait comme un immense amphithéâtre tout rempli d'anges, debout, d'un aspect ravissant, et plus brillants que le soleil, tellement que le regard avait peine à les fixer. Elle en remarqua deux qui étaient en face l'un de l'autre; le premier tenait en main un vêtement de couleur brune, et l'autre un second vêtement d'une blancheur éclatante; elle comprit que c'était l'habit du Carmel, qu'elle portait depuis plusieurs années en accomplissement d'un vœu. Cependant sa vue s'affermit assez pour lui permettre de regarder plus haut, là où la lumière était plus vive. Elle aperçut dans le lointain, mais à une telle distance qu'elle avait peine à la distinguer, une très belle Dame, qui laissait échapper de sa poitrine des flots d'une lumière si resplendissante, qu'à peine pouvait-on reconnaître les traits de son visage. La jeune fille invoqua saint Ignace dans l'espérance qu'il fortifierait sa vue, et qu'elle pourrait mieux voir un si bel objet. Dès qu'elle eut fini sa prière, le Saint se montra à elle au-dessus des anges, les bras étendus, la figure souriante. Il la regarda quelque temps sans rien dire, puis il descendit vers elle et s'approcha assez pour qu'elle pût distinguer ses traits. En même temps, la sainte Vierge le lui montrait elle-même, d'un air qui semblait dire : « Voici celui que vous avez invoqué ; recommandez-vous à lui, » Mais la jeune fille, comme pressée par les remords de sa conscience : « 0 Bienheureux Ignace, s'écria-t-elle, pardonnez-moi ; car je me souviens maintenant d'avoir plusieurs fois douté de votre sainteté, quand je reprochais à mon frère Jean-

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