DÉMONS CHA.SSÉS : LORETTE
la maison, il lui dit d'entrer. Comme on continuait à frapper, il pensa qu'on ne l'avait pas entendu, et cria plus fort : « Entrez. » Mais on ne lui répondit que par des coups plus violents; il reconnut alors le personnage si discret qui n'osait pas avancer, après en avoir eu tant de fois la permission. Faisant donc le signe de la croix : « Maintenant, dit-il, je te connais; entre au nom de Dieu et fais tout ce que tu as permission de faire. » Il avait à peine fini de parler que les portes et les fenêtres s'ouvrent toutes grandes; la chambre tremble comme si un tourbillon la traversait; mais il n'y eut point d'autre suite, et c'est à cela qu'aboutit un si retentissant fracas.
Si le mal que faisaient les démons s'était borné à tourmenter les corps, on aurait pu le supporter; mais il mettait aussi les âmes en péril. Ces esprits pervers ne se contentaient pas de secouer avec grand bruit les prie- Dieu où les religieux faisaient le matin leur oraison, ils se montraient encore à plusieurs d'entr'eux et cherchaient à les tromper.
Le premier qu'ils attaquèrent fut un Flamand, novice coadjuteur. L'ange des ténèbres se présenta à lui sous les traits d'un Éthiopien ; d'un air de compassion , il lui demanda comment il avait pu être assez dépourvu de sens pour embrasser un genre de vie qui, en quatre jours, le conduirait à la consomption; il ferait bien plus sagement de retourner au monde et de s'y divertir tandis qu'il était jeune; il est toujours temps de pleurer et de faire pénitence. Le tentateur avait mal pris son moment; le jeune homme faisait alors les Exercices spirituels ; il eût été plutôt disposé à quitter le monde, s'il s'y fût encore trouvé, qu'à y rentrer après en être sorti. Il fit le signe de la croix, jeta à la tête du démon le nom de diable et de réprouvé, et le mit en fuite. Le misérable ne s'éloigna pas sans se venger à sa manière ; se retournant vers le novice avec une horrible grimace : « Puisque mes paroles ne te plaisent pas, lui dit-il, vois si mon haleine