‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 25 sur 305 · LIVRE IV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE V

flamand, nommé André. Heureux cet homme s'il s'était laissé prendre au filet qui lui était jeté au milieu de son chemin ! Il retournait en Flandre. Ignace le fit prier de suivre la route de Lorette ; arrivé dans ce lieu vénérable, il se retirerait quelque temps dans le sanctuaire de Notre- Dame ; là, entre ces murailles bénies, il rappellerait à sa mémoire tout ce que Dieu avait fait pour lui ; il se demanderait ensuite à lui-même d'où il venait, où il allait, dans quel dessein. Et s'il entendait les pierres mêmes de ce lieu trois fois saint lui reprocher son ingratitude, lui montrer le péril auquel il s'exposait et lui inspirer une plus sage et plus salutaire résolution, oh ! alors, qu'il revînt avec confiance se jeter dans les bras de son Père. Son voyage passerait pour un pieux pèlerinage, et le fils repentant ne serait pas moins aimé qu'il ne l'était avant son départ. Pendant ce temps, lui, Ignace, à Rome, conjurerait la Mère de Dieu de ne pas laisser échapper de ses mains puissantes celui qu'il lui avait envoyé et qu'il n'avait pas su retenir; il la supplierait de le rendre à son Fils en le rendant à la Compagnie, et de lui faire rencontrer le salut là où le monde entier avait trouvé le sien.

Au moment du départ, le Saint ne remit que trois jules au novice. C'était peu pour une si longue route ; la pauvreté de la maison ne lui permit pas de faire davantage. Il aurait pu sans doute emprunter, et quelques Pères lui conseillaient de le faire ; il ne le voulut pas : « Je ne devais pas, disait-il, offrir à celui dont j'espérais le retour une tentation de poursuivre le voyage commencé, en lui donnant tout ce qui était nécessaire pour aller jusqu'en Flandre. »

Il fit plus encore pour vaincre l'obstination et la dureté d'un autre novice semblablement tenté. C'était un jeune Siennois, entré au noviciat depuis quatre mois, et dont la vertu avait paru assez ferme tant qu'il n'avait pas rencontré d'obstacles. Le P. Louis Gonzalvez, Ministre de la

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maison, voulant l'éprouver, l'avait envoyé mendier dans les rues de la ville. Un de ses parents le rencontra, et regardant comme un déshonneur une action qui, faite en vue de Dieu, est au contraire très honorable, il courut à lui d'un air indigné, et lui demanda s'il n'avait point honte de cette vie abjecte et de ce vil métier. Avait-il oublié quel était son père? Avait-il vu mendier quelqu'un de sa famille? N'y avait-il point au monde d'autre lieu et d'autre manière de servir Dieu, et fallait-il faire tort aux siens et les déshonorer? Il ferait bien mieux de suivre les conseils d'un homme qui l'aimait comme on aime son propre sang, de reporter où il les avait pris cette besace et ces haillons, et de revenir ensuite le trouver; il serait pourvu d'un bénéfice ecclésiastique, et il aurait ainsi le moyen de faire lui-même l'aumône, au lieu de la demander misérablement dans les rues de Rome.

Le novice eut le malheur de prêter l'oreille à ce discours. Il revint à la maison tout bouleversé et si différent de ce qu'il était précédemment, que là où il lui semblait être d'abord en paradis, il ne voyait rien qui ne lui déplût et ne lui inspirât une douleur secrète d'avoir embrassé un pareil genre de vie. S'il était devenu odieux à ses propres parents, que pouvait-il attendre des étrangers? L'homme qui se laisse aller à la tristesse n'a pas besoin d'un autre démon qui le tente. Le novice fut bientôt vaincu, et résolut d'abandonner une vie où il ne découvrait plus ni joie ni consolation.

Ignace n'avait pas tardé à être informé de son état. A la vue de cette sombre mélancolie qui l'absorbait tout entier, il pensa que le P. Jérôme Natal, chargé alors à sa place du gouvernement de la maison, aurait de la peine à le ramener par les moyens ordinaires. Il pensa donc à en employer d'autres mieux appropriés à la situation du malade. Il régla d'abord qu'on ne le laisserait jamais seul, et que quelqu'un se tiendrait toujours à ses côtés

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