‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 26 sur 305 · LIVRE IV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE V

pour lui parler de Dieu. S'il y avait beaucoup de démons à l'attaquer, ne convenait-il pas qu'il y eût aussi beaucoup de ministres de Dieu à le défendre? Et comme la nuit est le temps le plus favorable à l'esprit des ténèbres, pour remplir de ses fantômes les âmes en proie à l'abattement, et leur inspirer de fatales résolutions, il voulut qu'on lui donnât un compagnon de chambre. Chaque fois qu'il s'éveillerait, le novice éveillerait aussi son compagnon et causerait avec lui pour faire diversion à ses noires pensées. Au cas où il persisterait malgré tout à s'en aller, Ignace lui fit promettre de rester encore quinze jours à la maison; il serait maître de ses actions et sans aucun assujettissement à la règle. Enfin, si tant de moyens ne parvenaient pas à changer sa volonté, il se présenterait devant tous les Pères de la maison réunis; il leur exposerait toute la suite de sa tentation et les motifs qu'il avait de quitter la maison de Dieu ; il écouterait ensuite ce que chacun lui dirait à ce sujet. Ignace espérait que cet aveu public suffirait à le confondre et à lui ouvrir les yeux ; du moins, Dieu lui ferait entendre par la bouche de quelqu'un des Pères des paroles de salut. Le moyen réussit. Le démon ne résista pas à tant d'efforts, et la proie qu'il emportait déjà lui fut ravie. Malheureusement le novice ne persévéra pas ; il perdit une seconde fois la grâce de la vocation, et avec elle il se perdit lui-même.

Différente fut la conduite d'Ignace avec Laurent Maggi, dont nous avons parlé plus haut à l'occasion des Exercices spirituels suivis par l'abbé Martinenghi, son oncle. C'était un novice encore jeune et d'une grande innocence de cœur. Les qualités de la nature et de la grâce dont il il était doué annonçaient le grand homme que la Compagnie eut ensuite en lui. Tourmenté par une violente tentation de quitter le noviciat, et déjà presque vaincu, il s'en ouvrit à saint Ignace. Celui-ci ne lui fit aucune difficulté. « Promettez-moi seulement, lui dit-il, que cette

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nuit, à votre premier réveil, vous vous placerez sur votre lit dans la posture d'un agonisant, les yeux tournés vers le ciel et tout le corps étendu. Vous vous représenterez alors le plus vivement possible que vous êtes en effet à l'agonie, que dans un quart d'heure au plus vous sortirez du monde et paraîtrez devant Dieu, pour lui rendre compte de votre vie et entendre votre sentence. Après être ainsi resté quelque temps, vous vous demanderez à vous-même : Quelle vie voudrais-je avoir menée? A qui voudrais-je avoir obéi, à Dieu qui m'appelle à son service, ou au démon qui m'invite à retourner au monde? Vous entendrez ce que votre âme vous répondra, et vous vous direz : Ne dois-je pas un jour arriver à ce point? » Il n'ajouta rien; le reste se comprenait assez. Le novice promit de faire ce qui lui était demandé, et il s'y conforma en effet très exactement. Pendant ce temps-là, le bon Père veillait aussi, je n'en doute pas, pour son enfant. Car la nuit était à peine écoulée, que Laurent se présentait devant lui, si complètement changé, si solidement affermi dans sa vocation, que loin de penser à l'abandonner, il eût été disposé à solliciter son admission, si c'eût été nécessaire. Pour terminer le récit de ces témoignages de l'industrieuse charité d'Ignace envers les siens, citons ce trait de la sage prévoyance dont il usa pour écarter d'un autre novice une occasion dangereuse, et lui conserver ainsi la grâce de la vocation. On élevait du côté de la rue un petit mur pour fermer l'accès de la maison ; par ordre du Saint, les novices étaient employés à ce travail, La ferveur, la modestie, le mépris d'eux-mêmes qu'ils y faisaient éclater, édifiaient grandement les passants. Des personnes de distinction venaient tout exprès pour les voir et s'arrêtaient longtemps à les regarder. Il s'en trouvait un parmi eux qui appartenait à une famille noble et était très connu à Rome ; aussi était-il plus observé et plus admiré que les autres. Mais le novice s'imaginait toute autre chose dans son cœur. Il en résulta que ce qui aurait été pour un autre

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