‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 257 sur 305 · LIVRE VI. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE VIII

pas sans peine; il s'évanouit plusieurs fois, tellement étaient effrayantes les apparitions de l'enfer et ses attaques furieuses. On eut recours à tant de moyens, exorcismes, aspersion d'eau bénite, prières ferventes, qu'il put enfin la terminer. Il se sentit dès lors merveilleusement fortifié et prêt à résister à tous les assauts.

Ce point obtenu, on décida que les exorcismes se feraient dans la chapelle de saint Ignace et sous son invocation. Il s'agissait d'obliger le démon à retirer de la main de sa victime le billet qu'il y avait renfermé, et à rendre celui qu'il avait lui-même emporté. Le jour fixé fut le 12 octobre. Michel s'y prépara par de rigoureuses pénitences, le cilice, la discipline, le jeûne. Le Père Recteur dit la messe votive de saint Ignace et le jeune homme, en présence d"un grand nombre de témoins. Pères et étrangers, fit sa profession de foi, suivie d'une pleine renonciation à tout contrat et à tout engagement diabolique ; il remit ensuite les pièces de ces deux actes, écrites de sa main, au Père Recteur qui les déposa sur l'autel, les offrit à Dieu et lui donna la sainte communion.

On le vit alors frissonner de tous ses membres, comme s'il avait eu sous les yeux quelque spectacle effrayant; deux grands démons, disait-il, se tenaient à ses côtés. On s'efforça de le rassurer. La messe achevée, le Père Recteur renouvela les exorcismes et les invocations au Saint, et les esprits disparurent. Ils s'étaient montrés sous la figure de deux boucs énormes, debout sur leurs pieds de chaque côté de l'autel, et tenant entre leurs pattes chacun une cédule. On chercha, et on trouva aux pieds de l'exorciste la plus petite des deux, celle que le démon avait renfermée dans la main du jeune homme. En la voyant, celui-ci versa des larmes de joie, et son allégresse s'accrut encore lorsque considérant sa main, il s'aperçut que cette longue cicatrice, formée à la suite de l'opération dans laquelle, soit réalité soit prestige, le démon lui avait enlevé un muscle, avait entièrement disparu et

qu'il en restait seulement une trace légère, à peine perceptible.

Pour avoir le second billet, on reprit les pénitences, la profession de foi, les renonciations à l'enfer, les exorcismes, les invocations, la messe votive du Saint et la communion. Le démon se montra de nouveau, mais cette fois sous la figure d'une grande cigogne, apparition dont le Père qui faisait les exorcismes fut plus épouvanté que le jeune homme, déjà fortifié par la vertu divine. L'animal tenait le billet dans son bec; on redoubla les invocations; il fit le geste de le laisser tomber et disparut. Mais on eut beau le chercher à terre, on ne le trouva point; les yeux s'étant alors portés vers l'autel, on l'aperçut k l'endroit où le^prétre avait déposé l'acte de renonciation. Le jeune homme enfin pleinement délivré de ses engagements avec l'enfer, de ses remords et de ses tentations de suicide, réconcilié avec l'Église et avec Dieu, mena désormais une vie très chrétienne et toute dévouée à saint Ignace, son libérateur.

3. Jean Luzzano da OlbeS voyageait de nuit en voiture, en compagnie de deux ou trois personnes. Le temps était pluvieux et le ciel extrêmement sombre. Arrivée à un certain passage, nommé Torrillo, très étroit et bordé de rampes à pic, la voiture quitta le milieu de la route et versa dans un ravin profond de trois hauteurs d'hommes au moins. Au moment de la culbute, Jean s'écria : « Saint Ignace, venez à mon secours. » Cependant la chute avait été si violente que la voiture s'en alla en pièces, et Jean se trouva malheureusement pris par dessous. Ses compagnons s'empressèrent de le dégager; ils s'attendaient à ne relever qu'un cadavre ; mais il était sain et sauf. Au moment même où il avait poussé son cri d'angoisse, il avait vu saint Ignace descendre à son secours et en sa considération protéger même ses mules; les pauvres bêtes en effet n'avaient aucun mal.

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