‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 28 sur 305 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

i. Zèle de saint Ignace pour la discipline religieuse. — 2. Sévérité avec laquelle il punissait les manquements à la règle. — 3. Il est ennemi des nouveautés.

1. Disons maintenant quelques mots du zèle de saint Ignace pour la discipline religieuse, et de sa sollicitude à reprendre et à punir les violateurs de la règle; tâche difficile et délicate, où il n'est pas aisé d'accorder ensemble le zèle et la discrétion, et où l'on risque, en voulant corriger les fautes, de rendre encore plus imparfaits ceux qui les ont commises. « On ne donne pas à tous les corps, dit saint Grégoire de Nazianze, les mêmes remèdes et la même nourriture; on les traite diversement suivant qu'ils sont sains ou malades; il en est ainsi des âmes; il faut user avec elles de moyens différents, suivre une méthode différente. Les uns se laissent conduire par la parole; d'autres obéissent à l'exemple ; ceux-ci ont besoin de l'éperon et ceux-là du frein; les premiers étant paresseux et lâches au bien, il faut les aiguillonner; les seconds, au contraire, doués d'une âme ardente, pareils à des coursiers généreux toujours prêts à s'élancer au delà des barrières, doivent être contenus. La louange a été utile à plusieurs; à d'autres le blâme. Les douces exhortations ramènent ceux-ci, et ceux-là, les objurgations violentes; il faut aux uns les reproches publics, aux autres les avis secrets. C'est que les premiers n'ont aucun souci des observations u. 4

du tête-à-tête; ils ont besoin d'être humiliés devant les autres. Les seconds, au contraire, à force d'être admonestés par tout le monde, sont devenus insensibles à la honte ; si on les reprend en particulier, ils se montrent plus dociles, et à la compassion qu'on leur témoigne, ils répondent par l'obéissance. Avec quelques-uns, il faut être constamment en éveil et les suivre jusque dans les plus menus détails, car ils cherchent à se cacher ; avec d'autres, il est mieux de laisser passer certaines choses, de faire semblant de ne point voir et de ne point entendre; on évite ainsi de les jeter dans le désespoir en les accablant de reproches, et de les rendre enfin audacieux au mal, en leur enlevant la honte, seul remède qui reste pour les guérir.

» Réglez-vous sur les caractères. 11 en est que vous guérirez par la modestie et l'humilité, en leur faisant comprendre que vous êtes disposé à les aider, que vous attendez mieux de leur part à l'avenir. Quelquefois, il sera préférable de tenir bon; d'autres fois, il vaudra mieux céder. Or, dans ce traitement des âmes, aucune expérience ne prouve que le même remède soit toujours efficace, encore qu'il soit appliqué au même sujet. Une chose sera bonne et utile aujourd'hui; demain, ce sera le contraire. Tout dépend des circonstances, comme aussi des intérêts et de l'humeur de ceux dont on a entrepris la guérison (1). »

Ces réflexions de saint Grégoire sont une description fidèle de la méthode de saint Ignace pour guérir les maladies spirituelles des siens. Avec une sagesse sans pareille, il variait ses moyens suivant le caractère et les dispositions mobiles et changeantes de chacun d'eux. Cette sagesse a déjà paru dans ce que j'ai raconté; elle va se montrer encore dans ce qui me reste à dire.

2. 11 pratiquait lui-même, à l'égard des pénitences, ce qu'il avait coutume de recommander aux autres. C'était

(1) Gregob. Nazianz. Édit. Migne, t. l, Orat. 2, p. 438.

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