PACTE AVEC LE DÉMON ROMPU
peine, coupable ou non, à se sauver du gibet. Quelques camarades ne lui firent pas courir un moindre péril : ils s'étaient imaginés qu'un trésor était caché en je ne sais quel lieu; ils l'entraînèrent donc dans un bois, et le menacèrent de le tuer, s'il ne leur faisait connaître la racine avec laquelle ils pourraient, découvrir l'objet de leur convoitise. Michel leur en indiqua une quelconque, la première qui lui tomba sous les yeux; ils crurent que c'était la véritable, parce que dans le moment oii il la tenait encore, il avait fait avec son doigt enchanté un prodige qui paraissait venir d'elle, et ainsi il se tira de leurs mains.
Cependant ces aventures commencèrent à lui ouvrir les yeux; il comprit combien étaient tristes les fruits de cette racine empoisonnée, et quelle folie avait été la sienne, de se lier par un pacte qui livrait son âme à une damnation certaine, et exposait son corps lui-même à quelque funeste fin. Il résolut de le rompre, et alla tout découvrir à un excellent prêtre qui possédait sa confiance. Celui-ci lui mit d'abord devant les yeux l'énormité de sa faute, puis il l'anima à ne rien refuser de tout ce ce qu'il serait nécessaire de faire ou de souffrir pour se dégager des étreintes du démon, et il l'adressa aux Pères de la Compagnie, à Molsheim. Il espérait qu'avec le secours de saint Ignace dont la puissance s'était plus d'une fois manifestée dans des cas semblables, on pourrait rentrer en possession de la cédule du pacte, et s'assurer ainsi de la rupture du pacte lui-même.
Le jeune homme fut accueilli avec bonté par les Pères de Molsheim; il passa douze jours dans le recueillement, tout occupé à se préparer par le jeûne, les flagellations et diverses sortes de pénitences, à faire sa confession générale et sa renonciation solennelle au démon. Cette renonciation devait avoir lieu en présence de nombreux témoins, parmi lesquels on remarquait le sufFragant de l'évêque de Strasbourg. Au jour fixé, Michel fut conduit dans la cha-