‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 39 sur 305 · LIVRE IV. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VII

Ferrare ; enfin les Pères Lainez et Salmeron , théologiens du Pape au concile de Trente. Il serait long de rapporter ici en détail les instructions qu'il leur donna, et de montrer avec quelle profonde sagesse elles étaient conçues. Je me réserve de faire connaître les plus importantes en leur lieu.

J'ai parlé de la sollicitude du Saint à défendre la Compagnie. Son premier soin était d'éviter tout ce qui aurait pu lui créer de nouveaux ennemis ou exaspérer davantage les anciens. Les docteurs de Sorbonne avaient porté contre notre Institut une censure extrêmement grave; il ne souffrit pas qu'on y fît aucune réponse qui ressentît l'émotion. Quelques Pères s'offensaient de cette mansuétude et la trouvaient excessive. Ignace leur répondit par ces paroles du Sauveur : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, pacem meam do vobis, pacem meam relinquo vobis ; mais ne parvenant pas à les calmer, il fit une exhortation commune dans laquelle il montra par de solides raisons, que la perfection religieuse ne permet pas, si graves que soient les offenses, de se laisser aller au ressentiment, et beaucoup moins à l'esprit de vengeance qui se cache souvent sous le voile d'une défense soi-disant nécessaire. Il ajouta que la prudence humaine elle-même interdisait d'exciter pour toujours contre soi l'inimitié d'un corps nombreux, composé d'hommes influents et de grand crédit (1).

Le P. Martin Olave s'était préparé à argumenter une seconde fois contre certaines conclusions adoptées par des religieux dans un acte public. Ignace lui défendit de prendre part à la dispute, parce que la première fois il avait si vivement pressé ses adversaires qu'ils n'avaient pu lui répondre. Il lui paraissait meilleur de faire le sacri-

(1) On peut voir sur ce sujet la Vie de saint Ignace par le P. Ribadeneiria, liv. IV, cti. xi. La censure de la Sorbonne est rapportée par Du Boullay, Historia Universitatis Paris, t. VI, p. 552.

68 IGNACE ET l'honneur DE LA COMPAGNIE

fice d'un triomphe qui pouvait être une humiliation pour les autres, et de ne point acheter l'honneur d'un seul au prix du mécontentement d'un grand nombre. Une autre fois, le même P. Olave étant sur le point de faire imprimer quelques-unes de ses thèses de théologie, il le pria d'en retrancher une pour ôter, même de loin , toute occasion de froissement à ceux qui avaient une opinion difTérente.

Même quand il s'agissait de gagner les âmes à Dieu, et d'exercer ce ministère où il voulait que l'apôtre déployât toutes ses ressources, il exigeait la plus grande circonspection, afin de ne donner à personne sujet d'être ofifensé. Il disait qu'il y a dans la Compagnie deux sortes d'ouvriers. Les uns édifient et ne détruisent pas; ce sont ceux qui unissent la prudence au zèle, et qui se rendent utiles sans nuire à personne. Ces ouvriers ne pensent pas qu'il leur soit permis de faire tout ce qui serait possible ; ils ne mettent la main qu'à ce qui est expédient et raisonnable. Aussi au premier danger, ou même à la simple apparence d'un scandale causé par une altercation ou une rupture des bons rapports, surtout avec ceux qui ont l'autorité, ils se retirent et ils donnent à l'humilité et à la modestie la place qu'ils ne peuvent plus, par la faute d'autrui, donner au zèle. D'autres ouvriers, au contraire, détruisent d'une main ce qu'ils élèvent de l'autre. Ce sont ceux qui ont plus de ferveur que de prudence, plus d'impétuosité que de raison. Ils n'examinent pas si le bien qu'ils veulent faire entraîne des conséquences fâcheuses ; pourvu qu'ils gagnent une âme, ils ne s'inquiètent pas d'en perdre dix. Rencontrent-ils une opposition, ils en appellent aux tribunaux; ils mettent en rumeur le monde entier, et souvent ils aliènent de la Compagnie ceux dont la bienveillance et la faveur seraient plus nécessaires pour travailler utilement au service de Dieu. Cette sorte de gens déplaisait extrêmement à saint Ignace, dont l'esprit fut toujours un esprit de paix et d'humilité. S'il ne pouvait par des

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