‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 43 sur 305 · LIVRE IV. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VII

des choses qu'il eût beaucoup mieux fait de laisser à d'autres. Ce sont paroles d'or, dignes de servir d'instruction et d'enseignement à ceux qui seraient tentés de suivre les mêmes brisées.

« Il n'est, dit-il, ni de l'office des Provinciaux, ni de celui du Général de se charger de toutes les affaires particulières. Auraient-ils les talents nécessaires pour bien les traiter, il est plus sûr de les confier à leurs inférieurs ; il suffira que ceux-ci leur rendent compte ensuite de ce qu'ils auront fait, et prennent d'eux la dernière résolution. Si même celui qui s'en est occupé, peut les décider tout seul, il vaut mieux les lui abandonner entièrement, qu'il s'agisse de choses spirituelles ou temporelles, mais surtout de ces dernières. C'est ainsi que je fais moi-même, et je m'en trouve plus soulagé, plus consolé et plus tranquille. Les obligations de votre charge vous commandent, sans doute, de vous occuper du bien général de votre Province, en donnant les ordres convenables, et vous ferez bien de prendre là-dessus le conseil des plus sages. Mais, une fois ces ordres donnés, vous ferez encore mieux de ne pas vous immiscer dans leur exécution. Comme moteur universel, il sera bon que vous imprimiez le mouvement à vos inférieurs; mais bornez-vous à cela; vous ferez ainsi plus de choses, vous les ferez mieux, et elles seront plus en rapport avec votre charge, que si vous les faisiez par vous-même. Vous aurez de plus cet avantage que, si vos ordres s'exécutent mal, vous pourrez rectifier ce qui aura été fait de travers, au lieu que si l'erreur venait de vous, ce qui ne pourrait manquer de se produire souvent, si vous vous mêliez du détail des affaires, il serait fâcheux que vos inférieurs eussent à réparer vos fautes (1). »

S'il arrivait à ceux qu'il avait nommés à quelque office, de nuire à la discipline générale , par défaut de talent

(1) Lettre de saint Ignace au P. Jacques Miron, Provincial de la Compagnie de Jésus en PortugaL Rome, 31 janvier 1552. Cf. Bouix, Lettres de saint Ignace, p. 386.

naturel ou de vertu, il n'hésitait pas h les en retirer. C'est ce qu'il fit à l'égard de deux de ses neuf premiers compagnons , d'une vie d'ailleurs très sainte et animés des meilleurs intentions, mais qui avaient peu de succès dans le gouvernement spirituel de leurs inférieurs; il les rappela l'un de Naples, l'autre du Portugal, et leur ôta leur emploi.

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