HUMILITE D IGNACE
quand on me menacerait de m'ôter la vie, je ne mette même en délibération la possibilité de transgresser un commandement de Dieu ou des hommes, qui m'oblige sous peine de péché mortel.
» Le second degré d'humilité est plus parfait que le premier. Il consiste à me trouver dans une entière indifférence de volonté et d'affection entre les richesses et la pauvreté, les honneurs et le mépris, le désir d'une longue vie ou d'une vie courte, pourvu qu'il en revienne à Dieu une gloire égale et un égal avantage au salut de mon âme. De plus, quand il s'agirait de gagner le monde entier ou de sauver ma propre vie, je ne balancerais pas à rejeter toute pensée de commettre à cette fin un seul péché véniel.
» Le troisième degré d'humilité est très parfait. Il renferme les deux premiers, et veut de plus, supposé que la louange et la gloire de la Majesté divine soient égales, que pour imiter plus parfaitement Notre-Seigneur, et me rendre de fait plus semblable à lui, je préfère, j'embrasse la pauvreté avec Jésus- Christ pauvre, plutôt que les richesses ; les opprobres avec Jésus-Christ rassasié d'opprobres, plutôt que les honneurs ; le désir d'être regardé comme un homme inutile et insensé, par amour pour Jésus-Christ, qui le premier a été regardé comme tel, plutôt que de passer comme un homme sage et prudent aux yeux du monde (1). »
3. Telle est la perfection d'humilité que saint Ignace se proposa d'atteindre dès la première année de sa conversion; il fut fidèle à poursuivre ce but.
Se donner pour un homme grossier, stupide, insensé; confesser publiquement ses péchés, se les faire rappeler par des paroles pleines de reproches ; se vêtir très pauvrement, s'exposer en public au mépris du monde, l'air inculte, les cheveux en désordre, nu-pieds ; vivre dans
(1) Exercices spirituels — Traduct. du P. Jennesseaux.