‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 56 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

découvrait les grâces dont il pouvait lui revenir de l'honneur. Il conjura Dieu de ne le faire l'instrument d'aucun miracle, parce que rien n'est plus propre, aux yeux des hommes, à mettre en réputation de sainteté. Quant aux prophéties, bien qu'il fût souvent éclairé des lumières divines, il n'en fît que dans de rares circonstances, par exemple, pour consoler ses enfants ou, sur l'ordre même de Dieu, pour annoncer longtemps à l'avance l'établissement de l'Institut dont il devait être le fondateur. Lui donner des témoignages d'honneur, c'était le couvrir de confusion ; il était si convaincu de n'avoir que misères de son propre fonds, qu'il ne comprenait pas comment on aurait pu le louer avec vérité.

C'était une opinion très répandue parmi ses premiers disciples qu'il avait un archange à sa garde. D'où venait cette opinion, je l'ignore ; mais après sa mort, comme on exorcisait une possédée à Modène, en l'invoquant, le démon, contraint de partir, salua du nom de grand archange, l'esprit céleste qui veillait sur lui. Le P. Jacques Lainez avec cette familiarité confiante qu'il puisait dans la tendre affection du Saint, se permit un jour de lui demander si cette opinion était fondée. Ignace ne répondit point ; mais une vive rougeur se répandit sur son visage, semblable, dit le P. Lainez, à celle d'une vierge retirée dans la solitude, qui verrait tout à coup entrer chez elle un inconnu. Il fut moins indulgent à l'égard d'un Frère qui, s'entretenant de lui avec un autre religieux de la maison, avait dit d'un ton très assuré que le P. Ignace était un grand saint. Il le reprit sévèrement d'avoir ainsi ravalé la sainteté, et pour pénitence , il lui ordonna de prendre son repas, pendant quinze jours, dans les lieux le&.plus vils de la maison.

Des paroles semblables coûtèrent peut-être la vie au P. Jacques d'Eguia, son confesseur. Ignace estimait grandement ce Père ; il allait jusqu'à dire qu'on verrait au ciel le P. d'Eguia élevé au-dessus de tous les Nôtres qui vivaient

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