‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 67 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE III

conté plus en détail, se retirer dans les hôpitaux ou en pleine campagne ; se contenter pour vêtement d'un sac de toile grossière, pour nourriture du pain mendié de porte en porte et dont il se réservait la part la plus misérable ; distribuer entre les pauvres les dons qu'une charité libérale mettait entre ses mains, et ne retenir pour lui que ce qui était strictement nécessaire à ses besoins du jour. Il ne voulait point d'argent sur lui; si les instances de quelques âmes dévouées le forçaient d'en accepter, il le laissait à l'abandon sur le rivage de la mer, ou bien il s'en défaisait en faveur du premier passant qu'il rencontrait dans le besoin.

Élu Général de la Compagnie, il demeura aussi pauvre que s'il avait été le dernier de tous. Une Bible, un Missel et le livre de Vlmitation de Jésus-Christ formaient toute sa bibliothèque. Sa chambre n'avait d'autres meubles que ceux dont la Sunamite avait pourvu celle du prophète Elisée, un lit, une table, une chaise et un chandelier, lectulum et mensam, et sellam et candelabrum (1). Sa table, où il aimait à recevoir les étrangers qui venaient de loin ou quelqu'un des premiers Pères, était si frugale, qu'on ne pouvait y trouver moins. Le P. Nicolas Bobadilla y avait pris place un jour; on avait servi je ne sais quel mets qui pouvait lui être nuisible, parce qu'il était indisposé : « Allons, dit-il gaiment, un peu de poison ne saurait faire de mal, » voulant dire que la portion était si minime, que fût-elle malsaine, elle ne pouvait l'incommoder. Le Saint imposa une fois une rude pénitence au dépensier et au P. Ministre pour lui avoir servi une grappe de raisin, tandis que les autres n'en n'avaient pas eu,

A cette pauvreté, il ne laissait pas de joindre une certaine générosité qui eût été admirable même chez des riches. Si dénué de ressources qu'il fût, il ne souffrit jamais de contestations avec qui que ce soit pour des

(1) IV Reg. 4. 10.

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questions d'argent. II était prêt à céder même de ses droits, plutôt que de se montrer mécontent de ce qu'on lui refusait. Dans cette manière d'agir, il voyait d'abord un acte de générosité chrétienne ; il y trouvait encore, disait-il, deux grands biens : l'an spirituel, car la charité vaut mieux que tout l'or du monde; l'autre temporel, parce que Dieu compense avec usure ce qu'on abandonne pour lui. Beaucoup moins tolérait-il qu'il y eût des discussions sur ce point entre les Nôtres. Deux Recteurs étaient en différend pour je ne sais quels intérêts de leurs collèges, et ils ne paraissaient pas disposés à en venir à un accord. Saint Ignace leva assez plaisamment la difficulté en les changeant de poste, et en envoyant l'un gouverner le collège de l'autre. Marguerite d'Autriche, fille de Charles- Quint, se confessa à lui plusieurs années, et souvent elle lui faisait passer deux ou trois cents écus à la fois pour être distribués en aumônes. Son intention était, et Ignace ne l'ignorait pas, que cet argent fût employé en tout ou en partie, en faveur des Nôtres. Mais le Saint ne consentit jamais à en détourner à cette fin, même un denier; tout était partagé entre divers établissements de charité, et il tenait un compte exact de cette répartition.

II n'était pas seulement libéral de ce qui lui venait du dehors ; il aimait encore à donner de ce qui pouvait servir à l'entretien de la maison. Un cardinal, extrêmement riche, lui adressa un jour, en le lui recommandant, un gentilhomme pauvre. Ignace qui n'avait pas alors un sou dont il pût disposer, fit recueillir tout l'argent qui était dans la maison et il le remit à ce gentilhomme, en exprimant le regret de n'être pas aussi riche que l'avait supposé sans doute le cardinal, puisque au lieu de lui faire luimême l'aumône, il le lui avait envoyé. Il n'était pas moins attentif à ménager l'honneur des pauvres qu'à leur venir en aide. Apprenait-il que des familles nobles tombées dans l'indigence ou chargées de nombreux enfants ne parvenaient pas, malgré leur travail, à suffire aux nécessités

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