‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 72 sur 305 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

1. Empire aMolu que saint Ignace exerçait sur tous les mouvements intérieurs des passions. — S. Son admirable modestie. — 3. Règles de modestie.

1. Abordons maintenant le récit d'autres vertus encore plus rares qui ont rendu la sainteté d'Ignace véritablement admirable. Parmi ces vertus, je ne sais s'il en posséda aucune dans un degré plus éminent, ou qu'on puisse plus justement appeler sienne que le domaine exercé sur tous les mouvements de son âme. Il la porta au plus haut point de perfection. Parmi ceux qui traitèrent longuement et familièrement avec lui, il était reçu de dire, qu'à en juger par les actes extérieurs, ses passions obéissaient aux seules impulsions de la raison ou de la vertu. Les PP. Jacques Lainez et André Frusius, qui avaient longtemps vécu dans son intimité, soutenaient même que les mouvements naturels avaient comme changé de nature en lui, et paraissaient s'être mis au service de la grâce, moins sous l'empire de la volonté que sous celui de leur propre tendance. Il s'en fallait bien cependant qu'il manquât de vivacité dans l'esprit ou qu'il fût d'une complexion flegmatique et apathique. On vit des médecins s'y tromper plus d'une fois, et prendre pour froideur de tempérament, cette impassibilité qui était l'effet d'un long exercice pour dompter les saillies d'une humeur extrêmement fougueuse. D'autres,

116 EMPIRE d'IGXACE SUR SES PASSIONS

mieux instruits des choses spirituelles, et, parmi eux, deux docteurs espagnols d'un grand esprit, Michel Torres et Christophe Madrid, en jugèrent autrement; cet empire absolu sur les passions les plus violentes d'ailleurs et les plus impétueuses, leur parut la preuve d'une sainteté consommée, et il n'en fallut pas davantage pour les attirer à son école et à la Compagnie.

Il n'y avait point d'événement, pour étrange ou inattendu qu'il fût, qui produisît sur lui la plus légère impression de joie s'il était heureux, de tristesse s'il était malheureux ; on aurait dit que rien n'était inopiné à ses yeux et que tout ce qui arrivait avait été prévu d'avance.

Aussi était-il le même à toutes les heures, après le repas comme après la messe. Pour lui demander une grâce ou lui exposer une affaire, on n'avait pas à s'inquiéter s'il était malade ou bien portant, persécuté ou exalté, s'il avait reçu de bonnes ou de mauvaises nouvelles. Un de nos Pères, le voyant revenir un jour très fatigué d'une audience du Souverain Pontife, longtemps et inutilement attendue, s'abstint de lui parler d'une affaire qu'il avait à traiter avec lui. 11 s'excusa le lendemain sur cette raison de son retard; mais il fut repris si sévèrement que pendant plus d'une semaine, il n'osa pas, dit-il, tant sa confusion était grande, lui parler ou le regarder en face.

Le visage est le miroir de l'âme. Comme l'âme d'Ignace était imperturbable , ainsi son visage était toujours le même. Ses enfants disaient que c'était déjà celui d'un bienheureux, parce qu'on y voyait toujours briller la même sérénité. Dom Gaspar de Quiroga, archevêque de Tolède, qui fréquenta quelque temps le Saint à Rome, ne se laissait pas de le regarder.

Ignace savait pourtant, quand il avait une réprimande à faire, altérer cette sérénité et prendre un air sévère ; il le faisait avec tant de naturel qu'on l'aurait cru véritablement ému; mais au milieu même de cette irritation cal-

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