LIVRE V. — CHAPITRE V
corrigea un jour l'éloge donné par le P. Louis Gonzalvez à un serviteur de Dieu : « C'est un homme de grande oraison. — Dites, reprit aussitôt saint Ignace, c'est un homme de grande mortification. »
Il jugea d'après la même règle de deux Frères coadjuteurs. L'un était d'un caractère tranquille que rien ne troublait; mais ce calme venait plutôt de la nature que d'un effort de vertu. L'autre, au contraire, était impétueux et violent, et s'échappait parfois en paroles et en mouvements d'impatience; mais comme il se dominait souvent et refoulait les paroles de colère qui se pressaient sur ses lèvres, Ignace le préférait à l'autre, et il lui disait : « Frère, prenez courage ; continuez à vous vaincre, et vous acquerrez deux fois plus de mérites que tels et tels d'un naturel plus doux et qui n'ont pas de lutte à soutenir. »
Un autre Frère, qui se savait irritable et emporté, fuyait ses compagnons. Un jour, Ignace le trouva seul, à l'écart, à l'heure de la récréation. Quand il en eut appris le motif : « Vous vous trompez, lui dit-il ; ce n'est pas par la fuite, c'est par le combat qu'on triomphe de cette sorte d'ennemis ; la solitude ne détruit pas l'impatience, elle la dissimule. Vous donnerez plus à Dieu, vous gagnerez plus pour vous-même par les actes de mortification, dont la raideur de votre caractère et les rapports avec le prochain vous donneront l'occasion, que si vous vous ensevelissiez dans une caverne et ne disiez pas une parole de toute une année. » Ceux qui étaient désireux de s'avancer dans la perfection trouvaient en lui un auxiliaire tout disposé à les aider. On cite entr'autres un Père auquel il n'épargnait pas les mortifications. Comme on invitait un jour ce religieux à visiter les sept églises de Rome, il s'excusa en disant que, sans sortir de la maison, il avait un ami qui lui donnait tous les jours, et même plusieurs fois par jour, l'indulgence plénière.