‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 86 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE VI

et très grand pour sauver les élus de Dieu, abattre l'effort des ennemis et conquérir l'héritage d'Israël. Fuit magniis secuiidum nomen suuni: maximus in salutem electoriim Dei, expugnare insurgentes hostes ut consequeretur hœreditatem Israël (1). Ignace en effet fut embrasé du feu de la divine charité, et il ne cessa d'en répandre les flammes parmi les prédestinés de Dieu; puis il leva une milice sacrée pour exterminer les ennemis qui, de son temps, se dressaient contre les élus; il la fournit d'armes puissantes, et commença contre ces rebelles une guerre qu'il a soutenue victorieusement jusqu'à nos jours, au grand avantage de l'Église. »

Ces paroles de Grégoire XV dépeignent admirablement la nature et l'excellence du zèle d'Ignace. Oui, Ignace fut grand par son nom qui exprime le feu; mais il fut plus grand encore par son empressement à allumer dans le cœur des autres les flammes dont il était lui-même consumé : témoins et l'ardeur de ses désirs et tant de conversions opérées de son vivant par son moyen, ou qui s'accomplissent encore tous les jours après sa mort, en vertu de son esprit. Car, suivant une juste remarque du cardinal Bandini, tout ce que fait aujourd'hui la Compagnie, tout ce qu'elle fera à l'avenir, aussi longtemps qu'elle vivra et qu'elle travaillera ; tout se fait par la vertu de cette première semence, et est un fruit de cette première racine. « Sans doute, dit-il, elles sont grandes et merveilleuses les œuvres accomplies par Ignace pendant sa vie; mais il ne cesse d'en faire d'autres qui sont peut-être plus grandes encore. En effet, tant de lumières de la divine doctrine répandues dans toute la terre par la Compagnie; tant d'idolâtres et d'hérétiques arrachés à l'erreur ou à l'infidélité ; tant d'écoles ouvertes à la science, n'est-ce pas à Ignace que nous en avons l'obligation?» — « De même, dit un autre illustre prélat, que la fertilité de la terre promise s'est manifestée dans une grappe de raisin, ainsi

(1) Eccli. xLvi. 1, 2.

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le zèle de saint Ignace se reconnaît aux œuvres que l'Ordre établi par lui opère en vertu de son institution et de l'esprit qu'il a reçu de son Fondateur. »

Quant aux désirs d'Ignace, ils n'avaient ni mesure, ni bornes; ils n'aspiraient à rien moins qu'à réduire le monde entier sous le joug de la foi, et à le gagner à l'amour et au service de Dieu. De là cette réponse à l'ambassadeur de Jean III, roi de Portugal, qui lui demandait six de ses compagnons pour les Indes : « Si nous en donnons six aux Indes, que nous en restera-t-il pour le reste du monde? » De là encore ces paroles de feu par lesquelles il enflammait le cœur de ses enfants, lorsque les embrassant pour la dernière fois au moment de leur départ pour les missions : « Allez, leur disait-il, embrasez, enflammez tout. Ite, omnia incendite et inflammate. »

C'est cet incendie, ce sont ces flammes que par une sainte vengeance il souhaitait un jour à un religieux, qui égaré par ses préjugés, lui avait fait dire qu'il ferait volontiers brûler tous les Jésuites d'Espagne, depuis Séville jusqu'à Perpignan. « Dites à votre ami, répondit Ignace au porteur de ce message, que mon désir à moi, c'est de le voir et lui, et tous ses amis et tous les hommes qui sont au monde, embrasés et consumés des flammes du saint amour de Dieu (1). » De là enfin cette multitude d'ouvriers qu'il envoya dans les quatre parties du monde, jusqu'aux Indiens inconnus des Indiens eux-mêmes, etiam ad Indos ipsis quoque Indis ignotos, pour travailler à la conversion des infidèles.

Cette activité dévorante provoquait les lamentations des hérétiques. Pour exprimer le tort que ces expéditions apostoliques causaient à leurs sectes, l'un d'eux s'écriait que Paul III avait donné licence à Ignace, désigné sous le nom d'Eole, roi des tempêtes, de disperser les siens dans toutes les parties du monde, pour y déployer leurs arti-

(1) 'Rome, 10 août 1546. — Cf. Lettres de saint Ignace, P. Bouix, p. 177.

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