LIVRE V. — CHAPITRE VI
que pour la défense des places, un collège de la Compagnie lui paraissait plus nécessaire qu'une forteresse. « Dans ces collèges, dignes d'être considérés comme les gymnases de la sagesse, dit le pape Urbain VIII dans un bref au roi de Pologne, se forgent ces glaives à deux tranchants qui portent la confusion au milieu des légions infernales. Iti L'orum coUegiis, quœ gijmnasia sapientiœ habentur, ii gladii ancipites cuduntur, quibus féliciter soleant confundi diabolicœ legiones. » Et ailleurs : « Les enfants d'Ignace nourrissent la jeunesse du lait de la piété, et avec les armes de la lumière, ils détruisent l'hérésie ou la frappent de terreur. Qui lacté pietatis juventutem nutriunt, et armis lucis hœresim aut profligant, mit exterrent. »
Et de fait, Etienne et Sigismond, rois de Pologne, et les deux empereurs Ferdinand P' et Ferdinand II déclaraient n'avoir point expérimenté de moyen plus efficace pour affermir la foi catholique dans leurs États, travaillés par les hérésies modernes, que de faire élever la jeunesse dans les collèges de la Compagnie. Il en fut de même en Portugal et dans les Indes, à s'en rapporter aux auteurs les plus dignes de foi (1). C'est pourquoi les chefs des sectes hérétiques ont toujours fait tant d'elTorts pour expulser la Compagnie des villes et des royaumes, parce qu'avec elle s'en allaient non seulement les muses, comme disait Henri IV, mais encore la foi et la piété, nourrices de la jeunesse.
A Wilna, pour ne citer que cet exemple, les zwingliens avaient fondé à très grands frais une fameuse académie dans l'intention de propager leurs erreurs ; ils n'y réussissaient que trop, car toute la fleur de la jeunesse lithuanienne se pressait au pied de leurs chaires. Mais dès que la Compagnie eût ouvert une école dans cette même cité, l'académie zwinglienne fut déserte; toute la jeunesse, même la jeunesse hérétique, accourut aux leçons des Pères.
(1) Payva, Boiero, etc.
Il n'entre pas dans mon plan d'exposer la grandeur et l'universalité du bien procuré à l'Église et à la société par l'institution des collèges ; de courtes pages ne suffiraient pas. Demandez plutôt aux familles, aux académies, au clergé, aux Ordres religieux, et aux villes dont plusieurs nous connaissent encore mieux depuis qu'elles nous ont perdu, qu'au temps où elles usaient de nos services. Qu'il suffise de dire en un mot que des hommes d'une haute sagesse n'ont pas fait difficulté de penser et d'écrire, que si la Compagnie n'avait d'autre ministère au monde que celui d'élever la jeunesse, on n'en devrait pas moins considérer ses fatigues comme très utilement employées.
4. Autant saint Ignace embrassait avec zèle toutes lés^ œuvres utiles au prochain, autant il exigeait que les siens se livrassent eux-mêmes sans s'épargner, au service des âmes, et lui rendissent compte des fruits de leurs travaux. Quand on ouvrait des classes, il voulait être mis chaque semaine au courant de ce qui s'y passait, et connaître exactement le nombre des écoliers qui les fréquentaient. Il ordonna même, en vertu de la sainte obéissance, à tous les supérieurs d'Italie et de Sicile, de lui envoyer toutes les semaines un compte rendu complet et détaillé de tout ce qui se faisait dans leurs collèges; ceux d'Espagne, d'Allemagne , de France et de Portugal devaient expédier ce même compte rendu tous les mois, et ceux des Indes tous les ans; et déjà pourtant, les uns et les autres, en vertu d'une instruction précédente, devaient, tous les quatre mois, lui faire parvenir des rapports très exacts sur l'état de leurs œuvres. Cette mesure ne montrait pas seulement avec quel zèle et quelle sollicitude Ignace suivait toutes choses ; elle avait encore pour effet de multiplier l'activité des ouvriers apostoliques et de stimuler leur ardeur au travail.
Le P. André Frusius lui rendant compte du bien opéré à Venise par les onze Pères qu'il y avait envoyés : « Voici