‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 91 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE VI

OU si leurs travaux pouvaient être ailleurs plus utiles au bien des âmes. Aux Recteurs qui se plaignaient qu'on les leur retirât, il se contentait de répondre : « Que feriezvous s'ils étaient morts? » Dans la disposition des sujets, il consultait uniquement le plus grand service de Dieu ; cet intérêt supérieur le faisait passer par-dessus toute considération humaine. Mais sa conduite était si clairement justifiée, que pourvu qu'on n'eilt en pensée comme lui que la gloire de Dieu, on ne pouvait se plaindre ; aussi des hommes d'une prudence consommée et d'une très haute autorité lui soumettaient-ils entièrement sur ce point leur opinion particulière. Citons entr'autres le cardinal Sainte- Croix. En 1547, ce prince de l'Église lui écrivit de Trente qu'il occupait le P. Lainez à dresser le catalogue des erreurs que le concile devait condamner; car nul autre ne lui paraissait propre à faire aussi bien ce travail : « Cependant, ajoutait-il, si vous jugez bon qu'il laisse cette œuvre inachevée, on fera ce que vous voudrez au premier mot qu'il vous plaira de nous en écrire. »

C'était cette même attention à gouverner toujours les siens et à en disposer pour la plus grande gloire de Dieu, qui lui inspira la résolution de rappeler à Rome du fond des Indes saint François Xavier. Si la lettre portant cet ordre eût trouvé Xavier encore vivant, on eût bientôt reconnu, que pour le bien commun de l'Église et de la Compagnie, il valait mieux que le glorieux apôtre fût en Europe qu'en Orient. Saint Ignace ne manqua jamais sans doute de pourvoir aux grandes nécessités des Indes, et d'y envoyer de nombreux et fervents ministres de la doctrine évangélique ; mais mettant en balance les intérêts de ces deux parties du monde, il ne laissait pas d'avoir plus d'égard aux besoins de nos régions occidentales qui sont comme le cœur, et d'où les qualités bonnes ou mauvaises se font sentir aux membres les plus éloignés. C'est pourquoi Xavier lui ayant député le F. Antoine Fernande/ pour lui représenter les besoins extrêmes de cette gentilité

abandonnée, et en obtenir la permission de lever une troupe d'apôtres et de l'emmener aux Indes, le saint Fondateur, après de longues et mûres réflexions, ne put se résoudre à priver l'Europe d'aucune partie de ses ouvriers. Et comme le P. Ribadeneira appuyait de son intercession la demande du F. Fernandez : « Pierre, lui dit-il d'un air plein de tristesse, je vous assure que nos contrées n'ont pas moins besoin d'hommes pour maintenir la foi parmi les chrétiens, que les Indes pour en jeter la semence parmi les idolâtres. »

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