CHAPITRE VII
i. Par ses lettres, Ignace enflamme le zèle de ses compaçinons. — S. Il écrit aux scolastiques du collège de Coïmbre.
i. Tel était le soin d'Ignace à exiger de ses enfants des œuvres dignes de leur vocation et de leur zèle. Celui qu'il mettait à les y préparer lui-même n'était pas moindre. Il s'appliquait surtout à les perfectionner dans ces vertus qui sont absolument nécessaires à former des instruments que Dieu puisse employer aux entreprises de sa gloire. Et comme il ne pouvait être présent dans tous les lieux pour y remplir l'office de maître et de directeur, il y suppléait par des lettres où il se livrait lui-même tout entier, et laissait déborder son ardente charité. Ces lettres enflammaient les coeurs partout où il les envoyait. Le P. Martin Santa-Cruz, écrivant à un de ses amis à Rome, parle ainsi de l'une d'elles adressée au collège de Coïmbre :
« Nous avons reçu de notre P. Ignace une lettre vivement désirée et attendue. Il est impossible de dire et d'imaginer quelle consolation elle nous a donnée à tous, et quelle puissante impulsion elle nous a communiquée pour nous faire avancer dans l'étude des lettres et dans la perfection. Ce n'a pas été assez de la lire une seule fois; beaucoup demandent qu'elle soit relue publiquement toutes les semaines; plusieurs même l'ont copiée pour l'avoir continuellement sous les yeux. Ce n'est pas sans raison; car elle aplanit toutes les difficultés qui nous
retardent dans le chemin de la vertu; elle nous anime et nous fortifie merveilleusement. »
Le P. Louis de Mendoza ne témoignait pas d'une manière moins expressive Testime qu'il faisait d'une lettre semblable ; il avait été plus heureux de la recevoir, écrivait-il au Saint, que si le Souverain Pontife lui avait envoyé le chapeau de cardinal. Je sortirais des bornes d'une simple histoire si j'entreprenais de citer même des extraits rapides de ce qu'il y a de plus beau dans la correspondance de saint Ignace (1). J'ai cru bon cependant, pour en donner au moins quelque idée, de rapporter en entier une de ces lettres, où éclate également son esprit de sagesse et de sainteté; c'est justement celle qui fut envoyée au collège de Coïmbre, et dont parlait tout à l'heure le P. Santa-Cruz. La voici (2) :
c( 2. Que la souveraine grâce et l'amour éternel de Jésus-Christ Notre Seigneur soient toujours avec vous.
» J'ai continuellement de vos nouvelles par les PP. Simon Rodriguez et Sainte-Croix ; et Dieu Notre Seigneur, source de toute bonté, sait quelle consolation et quelle allégresse j'éprouve en voyant le courage et la vigueur que sa divine Majesté vous donne, pour croître chaque jour davantage en science et en vertu; il nous en arrive jusqu'ici un parfum qui encourage et édifie bien des âmes.
(1) Les Pères Espagnols ont publié récemment une magnifique édition des lettres de saint Ignace, Carias de San Ignacio de Loyola, 6 vol. in-8% Madrid, 1874-1889. Le recueil en corapread plus de huit cents; c'est le plus riche que nous possédions. Mais il s'en faut bien qu'il soit complet. Écrivant au P. LeFèvre le 10 décembre 1543, saint Ignace lui disait que, dans l'espace de quelques jours, il n'en avait pas expédié moins de deux cents cinquante. La plupart de ces lettres ont vraisemblablement péri avec le temps, ou restent ensevelies au fond de quelque bibliothèque, en attendant qu'une main diligente puisse les rendre à la lumière. Eu 1870, le P. Bouix a publié en français une série d'environ cent soixante-dix lettres du Saint, empruntées aux recueils des PP. Alcazar, Menchaca, Genelli et quelques autres. — Paris, Lecoffre.
(2) Traduct. du P. Bouix. — Cf. Lettres de saint Ignace, p. 207.