LIVRE V. — CHAPITRE VII
» Si nous devons tous nous réjouir de la gloire et de rhonneur de Dieu notre Créateur, et du bien de ses enfants rachetés par le sang et la vie de son Fils uniqu,e, combien plus dois-je le faire, moi qui vous porte dans mon cœur, et ressens pour vous une si tendre affection ! Bénédiction et louange sans fin à ce Dieu notre créateur et notre rédempteur, de l'infinie libéralité duquel descend tout bien et toute grâce ! Je le conjure d'ouvrir plus abondamment chaque jour pour vous les sources de sa miséricorde, afin que ce qu'il a commencé dans vos âmes aille toujours se développant, et atteigne sa perfection.
» Et qu'il doive ainsi le faire, c'est ce dont m'assure cette infinie bonté qui est en lui souverainement communicative de ses biens, et cet éternel amour plus prompt à nous donner la sainteté que nous à la désirer. S'il en était autrement, Jésus-Christ, le Fils unique du Père, ne nous exhorterait pas à entreprendre ce que son bras puissant peut seul nous aider à accomplir, quand il nous dit : « Perfecti estote, sicut et Pater rester cœlestis perfedus est : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. «
» Ainsi, il est hors de doute que de son côté il ne nous manquera jamais en rien, pourvu qu'il trouve en nous l'humilité qui nous rende capable de ses dons, le désir de les posséder, et la promptitude à coopérer industrieusement aux secours de sa grâce. En présence de cette vérité, bien que je vous voie courir dans le chemin de Dieu, je me sens néanmoins porté à vous mettre l'éperon au flanc ; car je puis vous le dire en toute vérité : Si les fruits doivent égaler les espérances que l'on a conçues de vous, non seulement en Portugal, mais dans beaucoup d'autres royaumes; si la fin doit être digne de commencements si élevés, en un mot, si votre correspondance doit égaler votre obligation, il ne faut rien moins de votre part qu'un avancement extraordinaire, qui fasse de vous des hommes vraiment insignes dans les sciences et dans la perfection religieuse. Considérez votre vocation, et vous comprendrez
que ce qui pour d'autres ne serait pas chose ordinaire et peu, le serait néanmoins pour vous. Dieu ne vous a pas seulement appelés à son admirable lumière, en vous transportant dans le royaume de son Fils, comme tous les autres fidèles ; mais il vous a miséricordieusement retirés de la mer orageuse de ce monde, et vous a mis à l'abri des tempêtes qu'y soulèvent les désirs des richesses, des honneurs, des plaisirs et la crainte de les perdre, si une fois on parvient à les posséder.
» S'il vous a privilégiés de la sorte , c'est afin que vous conserviez plus sûrement la pureté de vos cœurs, et que votre amour pour son divin service fût plus solide et plus fort; c'est aussi pour que votre esprit ne fût ni occupé ni arrêté par des choses si basses que celles de ce siècle ; que votre amour ne se divisât point sur plusieurs objets, mais qu'il fût concentré tout entier sur un seul, et qu'ainsi il vous fût donné de travailler, avec toutes les puissances de cet amour, à atteindre la fin pour laquelle vous avez été créés, c'est-à-dire la gloire et l'honneur de Dieu, votre salut et celui du prochain. A la vérité, c'est à cette fin que tendent tous les états de la vie chrétienne; néanmoins, le divin Maître vous ayant choisi pour cet Institut particulier, où vous ne trouvez pas seulement une direction générale comme dans tous les autres, mais encore le secours spécial des exercices qui y sont en vigueur, il y a pour vous une obligation particulière, non seulement de travailler de toutes vos forces, mais de faire de vous-même un continuel sacrifice à la gloire de Dieu et au salut du prochain. 11 ne vous suffit pas de rapporter à cette fin les bons désirs, l'oraison et l'exemple ; il faut encore employer les moyens extérieurs que la divine Providence nous a mis aux mains pour nous aider les uns les autres.
« De là, vous pourrez inférer la noblesse et la royauté du genre de vie auquel vous êtes appelés ; de fait, il n'existe point, je ne dis pas seulement parmi les hommes, mais même parmi les anges, d'exercice plus auguste et