LIVRE V. — CHAPITRE VII
sont les incomparables biens de la gloire qu'il vous assure par sa fidèle promesse, et qu'en dehors de tout intérêt propre qui puisse lui en revenir, il vous tient préparés et dont il veut vous enrichir, en vous faisant partager les trésors de sa propre félicité, afin que, participant à ses divines perfections, vous soyez par l'union de la charité ce qu'il est par la propriété de sa nature. Sa solde, enfin, c'est ce grand univers et tout ce qu'il renferme d'êtres corporels et spirituels ; il a, en effet, imposé la loi de vous servir non seulement à ces créatures qui sont sous les cieux, mais encore à celles qui sont dans sa très sublime cour, n'exceptant aucune hiérarchie des esprits célestes ; car « ils sont tous, selon saint Paul, des esprits qui remplissent des fonctions de serviteurs, envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui emporteront comme d'assaut l'héritage du salut. Omnes enim sunt aclmimstratorii spiritiis in ministerium missi propter eos qui hœreditatem captent salutis (1). »
» Et comme si cette réunion de biens, si magnifique cependant, n'était encore rien ou n'était que très peu, lui-même, car il ne restait plus que lui, il s'est donné à nous pour solde, se faisant notre frère selon la chair, notre rançon sur la croix, notre nourriture dans la divine Eucharistie et le compagnon de notre pèlerinage. Oh! qu'il est lâche ! c'est le cri qui s'échappe ici malgré soi, qu'il est vil le soldat qui, en face de si grandes récompenses, d'une solde de cette valeur, ne s'enflamme pas à travailler pour le service et l'honneur d'un prince si libéral et si digne !
» Quels titres n'a-t-il pas d'ailleurs à notre service, par les bienfaits insignes dont il nous a comblés! et que ces bienfaits lui ont coûté cher ! Car, quand il s'est disposé à opérer des choses dignes de son amour, il a oublié, ce semble, selon notre manière de dire, qu'il était Dieu; il s'est dépossédé de sa félicité qui était infinie
(1) Hebr. I, 14.
pour nous en rendre participants et nous y associer en qualité de compagnons, prenant pour lui nos misères et s'en chargeant pour les enlever de dessus nos épaules, voulant être vendu pour nous racheter, subir l'infamie pour nous glorifier, vivre pauvre pour nous enrichir, mourir dans les opprobres et les tourments d'un condamné pour nous donner une vie immortelle et la félicité du ciel. Certes celui-là est ingrat au delà de toute limite, et il a un cœur souverainement rebelle, qui ne se rend pas en présence de tout cela, et qui ne voit pas l'obligation où il est de dévouer ses services à l'honneur et à la gloire de Jésus-Christ.
» Mais, pour vous, s'il vous est donné de le voir, et si vous vous sentez embrasés des désirs que doit faire naître l'obligation où vous êtes de dévouer votre vie à l'accroissement de l'honneur et du service de Dieu, vous vivez certes en un temps où vous pouvez montrer par les œuvres l'efTicacité de vos désirs. Un coup d'œil sur le monde : aujourd'hui, je vous le demande, où la majesté de notre Dieu est-elle adorée? où sa suprême grandeur est-elle respectée? où son infinie bonté, son infinie patience sont-elles connues? où sa très sainte volonté est-elle accomplie? Voyez plutôt, avec une extrême douleur, en combien d'endroits son saint Nom ou n'est pas connu, ou bien est méprisé et blasphémé ; comment la doctrine de Jésus-Christ, l'éternelle sagesse, est repoussée, ses exemples mis en oubli, et le prix de son précieux sang perdu en quelque sorte pour nous, vu le petit nombre de ceux qui y cherchent leur salut. Considérez en même temps les hommes, vos frères, images de la Très Sainte Trinité, créés pour partager sa gloire, servis par l'univers pour atteindre cette fin , les temples de l'Esprit-Saint, les membres de Jésus-Christ, rachetés par lui au prix de tant de douleurs, d'opprobres et de sang; et voyez en quel abîme de misères et quelles profondes ténèbres ils sont plongés, comment les tempêtes des