‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 114 sur 396 · Gonzal&s de Camara, n · texte numérisé non relu

Gonzal&s de Camara, n

sition d'Alcala? Aussi ne connurent-ils qu'une courte tranquillite. Inigo avait choisi pour confesseur un dominicain du couvent de Saint-fitienne. Dix ou douze jours a peine apres son arrivee, c'est-a-dire, probablernent des la seconde confession, le penitent eut la surprise d'entendre le dominicain lui dire :

Les Peres de la maison voudraient vous parler.

Au nom de Dieu, soit, repartit Inigo.

II sera bon que vous veniez diner avec nous, dimanche, mais je vous previens que les Peres voudront savoir bien des choses de vous.

Au jour dit, Inigo, accompagne de Calisto, se rend au couvent de Saint-litienne. Le prieur, Diego de San Pedro, etait absent 1 . Le sous-prieur, Nicolas de Santo Thomas, le confesseur d'Inigo et un autre Pere se rendent aussitot avec leurs invites a une chapelle. La, le sous-prieur tres affable, commence a leur dire qu'ils ont sur leur compte d'excellents renseignements; ils ont appris qu'ils vont prechant a 1'apostolique et ils aimeraient bien etre instruits, en plus grand detail de leur genre de vie.

Qu'est-ce que vous avez etudie? demande le sousprieur.

De nous tous, celui qui a le plus etudie, c'est moi, repond Inigo. Et il rendit compte de ses petites etudes.

Qu'est-ce que vous prechez ?

Nous ne prechons pas, mais nous parlons familierement des choses de Dieu; ainsi faisons-nous, apres diner, avec certaines personnes qui viennent a nous.

De quelles choses de Dieu parlez-vous ? C'est la ce que nous desirons savoir.

Nous parlons tantot d'une vertu, tantot d'une autre, et

i. D'apr&s la chronique du P. Jos6 Barrio, le prieur 6tait le tres docte et tres observant F. Di6go de San Pedro; et le sous-prieur Fray Nicolas de Santo Tomas, homme tres spirituel . Voir Justo Cuervo, II, 565. Ces donne"es doivent etre prfre"es, je crois, & celles de Pierre le Fevre (Man. Fabri, I, 64) et k celles du P. Astrain (I, 55).

c'est pour les louer; tantot d'un vice, tantot d'un autre, et c'est pour les bl^mer.

Vous n'etes pas lettres et vous parlez de vertu et de vice. Personne n'en saurait parler qu'au nom de la science ou par le fait de TEsprit-Saint. Vous n'en parlez pas au nom de la science; c'est done par le fait de 1'Esprit-Saint.

Ici, Inigo reflechit un instant; cette maniere d' argumentation ne lui semblait pas juste. Apres un moment de silence, il dit :

II n'est pas necessaire de parler plus au long de la question.

Comment ? A 1'heure presente, il y a tant d'erreurs d'firasme et de beaucoup d'autres qui ont egare le monde; et vous, vous ne voulez point expliquer ce que vous enseignez.

Pere, je ne dirai rien de plus que ce que j'ai dit; a moms que ce ne soit en presence des superieurs qui peuvent m'obliger a parler.

La-dessus, le sous-prieur demande des explications sur le costume de Calisto. Pourquoi allait-il ainsi, en tunique courte, des bottes allant a mi-jambe, un grand chapeau, et un bourdon a la main? Inigo raconte toute 1'histoire du proces d'Alcala. Mais aucune instance ne peut lui arracher d'autres confidences. Sur quoi, le sous-prieur de conclure :

Eh Men, demeurez ici, nous ferons en sorte que vous disiez tout.

Et tous les moines de s'en aller en ,hate.

Ou voulez-vous que je demeure ? dit Inigo.

Dans la chapelle , repondit le sous-prieur 1 .

Bientot, on ferma toutes les portes de la chapelle, tandis qu'on tenait conseil, pour savoir avec les juges ecclesiastiques comment il fallait proceder dans I'espece.

Durant trois jours, Inigo et Calisto resterent au couvent de Saint-^tienne, sans qu'un mot leur fut dit sur leur cas. Us mangeaient au refectoire, avec les religieux. Us recevaient, dans leur cellule, les religieux qui venaient les voir en grand

i. Gonzalfcs de Camara, n. 64, 65, 66.

nombre; et les entretiens roulaient sur les choses de Dieu, comme ils avaient accoutum6. Si bien que, dans le couvent, il y avait deux opinions contraires sur les deux predicants; uii grand nombre de moines leur etaient favorables, dit Inigo 1 . Mais les superieurs hesitaient et demeuraient inquiets. Ils allerent trouver le bachelier Frias, proviseur de 1'eveche, pour le prier de s'occuper du cas. Frias fit mettre en prison Inigo et Calisto. On eut soin de les separer des malfaiteurs. Ils furent enfermes dans une chambre haute, inhabitee et fort sale. On les attacha chacun par le pied, au bout d'une chaine fixee au mur et longue de 10 a 13 palmes; en sorte que, si Tun des deux prisonniers se mouvait, 1'autre etait contraint de faire le m6me mouvement; la premiere nuit se passa sans dormir 2 .

Le dossier de ce proces salmantinois pourrait fournir une explication de cette hate a prendre des precautions extremes. Malheureusement, les archives de Peve'che de Salamanque et celles du couvent de Saint-fitienne n'ont conserve aucune piece de cette affaire. Peut-etre des lettres venues d'Alcala ont-elles contribue a alarmer les juges. Peut-etre les juges ont-ils evoque" dans leur memoire les recentes aventures du bachelier Antonio de Medrano, ancien etudiant de Salamanque, et ses compromissions avec Francisca Hernandez. Les coupables avaient comparu naguere devant les tribunaux ecclesiastiques de Valladolid (1519), de Salamanque (1520), de Logrono (1521-1526). La sentence de Logrono venait d'etre rendue; et elle constatait, chez Francisca Hernandez, les theories des Illumines 8 . Peut-etre enfin, les docteurs du couvent de Saint-fitienne avaient-ils encore presents a Tesprit les souvenirs, tout recents, de cette Junte theologique de Valladolid, ou, avec les doctrines d'firasme, quelques professeurs d'Alcala avaient ete mis en suspicion. Fran9ois Vitoria, dans cette dispute, avait ete des plus nets, contre 1'humaniste de Rotterdam; et d'autres pro-

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