‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 119 sur 396 · Gonzales de Camara, n · texte numérisé non relu

Gonzales de Camara, n

sacrees etait un prealable a remplir; on y vaquerait de son mieux a Paris, tout en ayant la volonte de rester groupes ensemble et de recruter des compagnons nouveaux anime's de la meme ferveur apostolique. Mais les deboires e'prouve's a Alcala et a Salamanque invitaient a prendre des precautions. Inigo partirait en explorateur; les autres attendraient dans le pays; si, a Paris, Inigo trouvait la possibilite d'organiser leur vie d'etudiants, il leur ferait signe et ils se reuniraient de nouveau a lui 1 .

La vie edifiante de ces hommes evangeliques, les episodes me'mes du petit drame de leur proces, leur avait valu des sympathies a Salamanque. Tout naturellement, ces amis furent mis au courant des projets futurs. On se recria, on fit des objections, on insista aupres d'lnigo pour qu'il ne s'en allat point. Sans temerite, nous pouvons croire que Fra^ois de Mendoza et le bachelier Frias etaient du nombre de ces personnes principales qui tcherent de modifier les resolutions du prisonnier libe're. Tous leurs efforts furent inutiles 2 .

Par 1'archeveque Alonso Fonse*ca, dont les conseils avaient ouvert le chemin de Salamanque, la Providence venait de menager a son serviteur une epreuve d'ou sa vertu sortait victorieuse et la doctrine des Exercices sans tache. S'il cut appris le grec avec Hernan Nunez de Guzman, les arts liberaux avec Martinez de San Millan, la philosophic naturelle avec Siliceo, la theologie avec Fra^ois de Vitoria et 1'Iicriture Sainte avec Vasquez de Oropesa ou Pedro Ortiz, Inigo de Loyola serait inscrit au Livre d'Or des etudiants de 1'Universit6 de Salamanque. L'interrogatoire mene par le proviseur Frias et les vingt-deux jours de prison subis importaient plus que de suivre les Ie9ons de maitres fameux; ils donnaient la preuve que, dans le coeur de ce gentilhomme sans lettres, 1'Esprit de Dieu habitait. Ne servit-il qu'a ce constat, le mois passe a Salamanque etait fructueux.

Quinze ou vingt jours apres etre sorti de prison, Inigo partit seul, emportant quelques livres sur un petit dne 1 . Par Segovie, Siguenza, Catalayud, Saragosse, Lerida, il prit le chemin de Barcelone. Montserrat etait sur sa route. Qu'il soit monte jusqu'au sanctuaire ou qu'il soit passe au pied des pics denteles derriere lesquels se cache le monastere des fils de saint Benoit, nul doute que le futur etudiant de Paris n'ait mis son voyage sous la protection de Celle qui avait si maternellement guide dans la voie du salut le pelerin de 1522.

A Barcelone, Inigo allait revoir des amis secourables, dont le souvenir etait et devait demeurer toujours profondement grave" dans son coeur. La, des ames ge"nreuses 1'ayaient aide avec une munificence qu'il n'avait depuis retrouvee nulle part. A la veille de partir pour un pays lointain, inconnu, ou ses besoins allaient croitre aux dimensions de ses etudes et aussi de son zele, il pensa qu'il devait tout ensemble compter sur la Providence et s'assurer quelques concours. Les objections ne lui furent pas plus menagees Barcelone qu'a Salamanque. Qu'allait-il faire k Paris ? La guerre divisait la France et 1'Espagne. Dans ces hasards, un Espagnol etait bien expose. On savait ce qui etait arrive a d'autres, pour avoir voulu franchir les frontieres, et on contait ces details affreux. Inigo n'avait peur de rien. II ecoutait, souriait dducement et concluait qu'il irait 6tudier a Paris 2 .

Comme il est a croire, maitre Ardevoll re9ut ses confidences. Inigo ne manqua surement pas de lui exposer ses raisons de delaisser les plus fameuses universites d'Espagne, pour aller, lui, sujet de Charles- Quint, dans le royaume de Fra^ois I er .

Alors, comme au premier jour de sa venue a Barcelone, en 1523, Inigo s'appuya surtout sur Ines Pascual. Certainement il vit des femmes d'un plus haut rang; son coeur etait trop delicat, dans la reconnaissance, pour oublier les services des Roser, des Zapila et autres nobles barcelonaises. Mais il con-

i. Id., n. 72.

z. Id., n. 72.

sidera toujours Ines Pascual comme sa mere. Le choix de cette protectrice devouee, et de condition modeste, contentait a la fois sa prudence et son humilite. Et nous savons, par Jean Pascual, que le jour du depart, ces humbles cotoners , la mere et le fils, eurent le privilege de 1'accompagner jusqu'a trois milles de la ville. Ce fut pres de Peglise Saint-Andre, hors les murs, qu'eurent lieu les adieux pleins de larmes. Ines regrettait de voir s'eloigner le saint qui avait ete la benediction de sa maison. Jean n'osait envisager qu'avec inquietude un avenir ou il serait prive de celui qu'il regardait eomme un guide necessaire. Inigo remereia ses hotes, leur souhaita patience dans les occasions difficiles qui se presenteraient; puis r seul et a pied, il partit pour Paris 1 .

i. Scr. de S. Ign., II, 93.

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