‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 121 sur 396 · Gonzalfes de Camara, n · texte numérisé non relu

Gonzalfes de Camara, n

2. La premiere pierre de I'hdpital Saint- Jacques fut pos^e par Jeanne, fille de Louis le Hutin, en 1322, la premiere messe fut dite le 18 mars 1323. L'hopital comportait chapelle et cimetiere. La f^te patronale se ee'le'brait le 25 juillet tres solennellement. L'hopital 6tait destin^ aux pelerins de Saint- Jacques de Compostelle. Une corifre'rie des anciens pelerins y avait son siege. Voir Piganiol de la Force, Description de Paris, III, 171-211; Lebeuf (eU Cocheris), I, 127-128, 252-257.

un hopital lointain, Inigo etait prive journellement de <deux exerciees scolaires ; pour un ecdlier de trente-cinq ans qui en etait aux rudiments du latin, c'etait une -cause de retard deplorable. ;I1 delibera done en lui-meme comment il'.sortirait d'embarras; et le meilleur lui parut etre de e 'mettre au service :d'un regent, comme d'autres faisaient. Ainsi aurait-il tout ensemble le vivre, le convert et toutes les facilites d ? etu- ,dier. 'Et sa foi trouvait a la combinaison de grands avantages spirituels : quelle consolation pour son ^me de se representer son 'maitre comme le Christ en personne, les condisciples eomme les apStres, et de les servir en esprit d'-humilit^ et de charite. 'Restait a decouvrir le professeur qui aceepterait ,ses services. Pour aboutir 'vite et mieux, il mit dans k confidence de son dessein le bachelier Castro, un religieuix de la --.Chartreuse -de Paris qui connaissait beaucoup de regents, d'autres personnes encore. Tout fut inutile.

Enfin, un frayle espagnol, a qui il s'ouvrit -un jour de ses difficultes, lui conseilla de s'en aller chaque annee en "Flandre ; en passant deux mois a queter aupres des riches r marchands espagnols de ce pays, il recueillerait facilement -de quoi vivre durant 1'annee entiere. II medita devant Dieu ce conseil, le jugea : bon et commenca a le mettre en pratique 1 .

Les Flandres, comme I'Espagne, faisaient partie du domaine de Charles- Quint. L'Empereur etait ne a Gand. iLes Flamands etaient fort ^en faveur a la cour. D'un pays a 1'autre, la politique et le negoce entretenaient d'incessants rapports.

Bruges ^tait un .des centres du commerce international. Sa prosperite :est en declin au xvi e siecle; a partir de 1516, les Allemands et les Italiens lui preferent Anvers; mais elle garde une partie de sa clientele espagnole. Ces riches negociants sont groupes autour de la rue (qui s'appelle encore aujourd'hui espagnole) ou s'elevent les consulats d'Espagne et de Castille. Au coin de la rue espagnole et de la rue de la Gaule, dans 1'hotel dit Pynappel, vivait Gonsalve de Aguilera; c'etait un

i. Gonzal^s de Camara, n. 76.

chretien zele, un gentilhomme authentique et un marchand opulent. Inigo de Loyola alia f rapper a sa porte, dans ses voyages & Bruges en 1528, 1529 et 1530. Comme Gonzalve de Aguilera etait marie a Anne de Castro, il se pourrait que le bachelier Castro ait donne a Inigo cette adresse bourgeoise 1 .

Ainsi que les Aguilera, Louis Vives 2 habitait la rue espagnole. II etait venu se fixer a Bruges en 1521, apres avoir abandonne sa chaire de 1'Universite de Louvain. Des qu'il cessa, en 1528, ses fonctions de precepteur aupres de la princesse Marie, fille d' Henri VIII et de Catherine d'Aragon, Vives revint habiter Bruges. II s'y etait marie en 1526; c'e"tait pour cet Espagnol de Valence une seconde patrie. Le voisinage et plus encore la cetebrite de 1'illustre ecrivain durent vite sugge*rer aux Aguilera de presenter a Vives un espagnol etudiant a 1'Universite de Paris. La rencontre cut lieu, nous en avons pour garant Inigo lui-meme; Polanco ajoute que ce fut dans un souper amical, offert par Vives.

Pour peu qu'on ait lu les ceuvres du philosophe valencien, on imagine sans peine ce que put etre la conversation. Parmi les canaux de Bruges, aux bords desquels il avait fixe" sa vie, Vives regardait parfois du cote de la montagne Sainte-Genevieve, avec quelque humeur. II y avait frequente jadis et en gardait mauvais souvenir. Ayant devant lui un dtudiant de Montaigu et de Sainte-Barbe, il dut lui demander si ses compatriotes tenaient toujours ferme dans le chateau de 1'ignorance et continuaient a rendre a 1'Universite de Paris le detestable service de la ridiculiser dans toute 1'Europe. Ce grand homme etait possede, a un egal degre, du plus violent amour pour la science et pour son pays; son esprit ouvert et hardi souffrait des entraves 6u s'embarrassait encore la marche de quelques lettres de partout. D'autant que parfois ses propres

1. G. Rambry, Ignace de Loyola d Bruges. Bruges, Louis de Plancke, 1898; les Acta SS. iuillet VII, 674, consignent cette tradition.

2. A. Bonilla y San Martin, Madrid, 1903, 163-183; Paul Dudon (dans Homenaje d Bonilla y San Martin, II, 153-161), La rencontre d'Ignace avec Luis Vives d Bruges (1528-1530).

LE MAITRE ES-ARTS DE PARIS l8l

initiatives lui avaient valu plus d'une suspicion. Dans la controverse retentissante qui avait mis aux prises Zuniga et Iirasme, il n'avait pas dissimule ses sympathies pour le celebre editeur du Nouveau Testament paru a Bale en 1519. II est bien possible qu'un pareil homme, ayant devant lui un etudiant de Paris, ait pris la liberte de railler les mauvais latinistes et les pseudodialecticiens qu'il a si cruellement flagelles dans ses ecrits.

De ses conversations avec Vives, Inigo de Loyola ne nous a malheureusement rien conserve*. Mais nous tenons de Polanco x un detail : le voici. Comme firasme, Vives doutait de la sagesse des ordonnances ecclesiastiques sur 1'abstinence; les aliments maigres, disait-il, sont aussi bons et flattent le gout autant, s'ils sont bien prepares. A quoi Inigo repondit : Ceux qui se traitent bien en careme pratiquent en effet fort mal la penitence, en vue de laquelle 1'figlise present 1'abstinence; mais il n'en est pas ainsi de la foule des hommes; et c'est aux interets de la foule que 1'Iiglise a entendu pourvoir.

Cette discussion sur 1'abstinence dut etre une breve et paisible passe d'armes. A cette date, Vives a ecrit ses quatre livres de politique dedies a 1'Empereur, un bref traite de la paix offert en hommage a 1'archeveque Antonio Manrique de Lara, un opuscule sur la condition des Chretiens vivant sous le joug des Turcs ; il a dresse" pour les magistrats de Bruges tout un plan d'oeuvres de misericorde. Or Inigo est un ami des pauvres, un ancien pelerin de Jerusalem, un familier des Manrique de Lara, un ancien soldat de Charles-Quint; belle occasion pour un echange de vues entre les deux hommes. Sans grands frais d'imagination, nous reconstituons la scene, qui aurait du tenter un peintre flamand : dans une belle salle a manger, Vives prodigue la grace de son esprit ; sa femme Marguerite Valdaura et la fleur de la colonie espagnole a Bruges, 1'ecoutent ravis ; et leurs yeux curieux vont de 1'aiftiable maitre de la maison & cet etudiant de Paris, vetu de sa longue robe noire, le visage calme, 1'air modeste, qui dit

i. Cronicon, I, 43.

son mot, tandis que la. conversation fuse a travers les questions du temps.,

Anvers, rivale de Bruges, et metropole: naissante du commerce des Paysr-Bas, reeut aussi la visite: d'lnigo de Loyola dans ses voyages de queteur. La traditions et elle. ne's'egare pas a conserve le nom de 1'homme de bien qui. accueillait a son passage: le pauvre- de Jesus-Christ. Jean de Cuellar ne se. contentait pas d'offrir a; Inigo 1'hospitalite et Tor de sa bourse, il provoquait le generosite des autres marchands; apres 1530, il prit meme Fhabitude? d'adresser a Paris des lettres de change qui dispensaienti le mendiant de retourner en Flandre, La maison habitee par Jean de Cuellar a disparu, dans les remaniements survenus de 1736 a nos jours;. mais on en sait exactement la; place,, a Tangle de la? longue rue. Neuve et de la rue du Chene, en face:du portail.sud de 1'eglise 1 Saint- Jacques. Pendant plus de cent annees (1622- 1736). line; statue et une inscription rappelerent qu'Inigo de Loyola avaitsejourne la, 1 .

Nous savons aussi qu'en 1530,, I'etudiant queteur alia jusqu'en Angleterre z . Peut-etre Louis.Viveslui.f6urnit<-ii 1'indication de quelques.adresses. De son sejour a.la courd; Henri VIII le precepteur de la princesse Marie n'avait emporte qu'un souvenir amer. Pour- n ? avoir pas voulu aoutenir. la legitimite du divorce d'avec Catherine d'Aragon, il avait perdmsa place et les pensions payees, sur la cassette royale;. Mais ill devait connaitre: a Londres, ou dans quelque port de la cote, des marchands: espagnols plus genereux que le roi d'Angleterre; En tout cas, Inigo de Loyolai se trouva; apres le voyage en Angleterre plus riche que jamais il. n'avait ete. Et il semble aussi qu' a partir de 153-1, ses finances furent ameliorees de maniere a le dispenser; du souci d'aller au loin tendre. la main 3 -

1. Je remercie le P. .Poncelet ;des notes; qu'il a bien voulu me communiquer jadis sur le sejour d'Ignace k Anvers; et je renvoie a son Histolre de la Compagnie de Jesus dans les anciens Pays-Bas, I, 35-37, 37~39-

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