Mansi, XXXI, 1150-1201. Voir note n
2. Dans Saint Francois Xavter, son pays I, 270-290, le P. Cros a pre-
sente" un re'sume' de ces arre"ts suivant 1'ordre chronologique. II a utilise les Reg. des Arch. Nat. Conseil X 1 " 1526-1539; Plaidoiries X, 4872-4905! 834I-8395-
1529) ; des poursuites centre Saunier, du college de Reims (fevrier 1530), Martial Masurier, principal du college de Chenac (septembre 1530); des descentes dans les boutiques de libraires (mai 1532); la prise de corps du chanoine amienois, Jean Morand (23 decembre 1533). Les decisions de la Sorbonne * precedent et eclairent les sentences des tribunaux. Entre tous, Beda est vigilant et actif. Nomme syndic (15 mai 1520), malgre ses resistances, reelu apres sa demission volontaire (3 novembre 1522), il a une part considerable, non seulement dans les determinations de la Sorbonne, centre Luther (15 avril 1521), mais dans les affaires de Berquin, Lefevre d'Etaples, Caroli, Masurier (1525), Jean Papillon (1526) et firasme (1529). Lorsqu'Inigo de Loyola arrive a Paris, le role de Beda est en sa phase la plus retentissante. II est, peut-on dire, le portevoix de la Sorbonne inquiete et soup9onneuse.
Avec la masse des Parisiens et des ecoliers de son temps, Inigo de Loyola suit avec interet les actes de cette double judicature. Ceux du Parlement sont publics. Des conclusions de la Sorbonne, on ne sait que celles qui eclatent au dehors. Tout au plus, Inigo peut-il surprendre quelques secrets, par les allusions de ses maitres en leurs cours, ou par les confidences secretes de quelques 'docteurs, ses amis : Jerome Frago et Alvarez de Moscoso, Jacques Barthelemy et Fra^ois le Picard.
On peut etre sur qu'il est dans les rangs des deux processions solennelles du 25 mai 1530 et du 21 Janvier 1535, par lesquelles la Cour et la Ville veulent reparer les outrages faits a la Vierge de la rue d'Aubry le Boucher, et les blasphemes affiches en des placards centre 1'Eucharistie. Et ce n'est pas lui qui prendra la defense du cordelier Laffite ou du dominicain Carne, condamnes comme scandaleux heretiques (novembre 1533). Malmene a plusieurs reprises par des juges de la foi, sous pretexte qu'il tenait des doctrines inquietantes, il sait,
i. A. Clerval, op. cit., I, 267, 273-379, 354-38o, 385, 390, 392, 400-
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par experience, que les theologiens peuvent frapper des innocents, mais il souscrit au principe de la repression legate des errants qui dogmatisent ; a ses yeux, la foi catholique, avec la grace de Dieu, est le bien supreme des Sines et des peuples. Le parti de 1'Iivange'lisme de Meaux et des rasmiens lui est suspect. II detourne avec force Fran?ois de Xavier de ces hommes vacillants et de leurs doctrines. Avec toute la Sorbonne, il considere, comme des fautes de gouvernement, les tergiversations du roi, ses efforts pour sauver des ecrivains compromis, le rigoureux exil par lequel il punit le zele parfois excessif du syndic Noel Beda.
Mais, dans ces batailles confuses, ou lettres et theologiens se heurtent violemment, il n'entend pas sacrifier la theologie aux lettres, ni les lettres a la theologie. Tourner le moyen 3ge en derision, sous pretexte de magnifier les conquetes de la Renaissance, mepriser les conquetes de la Renaissance par une obtuse veneration du moyen age, lui semblent deux outrances aussi contraires a la raison qu'a la foi. II est trop humble, trop equitable, pour ne pas respecter dans le passe, ce par quoi il vecut et fut grand; il a, en la providence de celui qui d'enhaut gouverne son glise, une confiance trop absolue, pour ecarter les moyens nouveaux de defendre et d'illustrer la croyance des ai'eux. En face de cette antinomic qui s'incarne en Beda de Picardie et en I^rasme de Rotterdam, il separe la realite des apparences; il trace une via media, ou le sincere amour des lettres et du savoir de la Renaissance se joint avec la plus jalouse integrite dans la doctrine.
Tant de sagesse pourrait paraitre une pieuse et gratuite conjecture. II n'en est rien. Tous ceux qui ont lu les Constitutions de la Compagnie de Jesus savent la place que le fondateur y fait aux langues sacrees et a l'humanisme. Tous ceux qui ont lu les Exercices savent qu'Inigo de Loyola y marque 1'accord qui doit exister entre la theologie scolastique et la theologie positive. Ces textes prouvent la justesse des vues de leur auteur. Entre les routiniers craintifs et les novateurs presomptueux, il garde Tequilibre de la verite; non par im
eclair de genie speculatif (il ne fut ni un lettre, ni un philosophe, ni un theologien) ; mais par un don superieur de gouvernement, par un esprit de conduite naturel en lui, et illumine, des Manrese, de surnaturelle clarte.
Au surplus, n'est-ce pas un besoin de tradition et de progres, qu'avaient deja commence a lui inspirer les leons d'Alcala ? Ne peut-on pas dire : Inigo de Loyola a poursuivi, a Paris, le cycle laborieux de ses Etudes universitaires, selon les vues du grand cardinal Ximenes?
Dans 1'esprit d'Inigo de Loyola, 1'idee etait ferme. non seulement de pousser jusqu'au bout ses etudes clericales, de maniere a pouvoir travailler au salut des dmes, mais encore de grouper autour de lui des bonnes volontes semblables a la sienne. Des les annees d'Alcala (1526-1527), il y cut un commencement d' execution de ce projet. Lorsque les demeles avec 1'Inquisition forcent Inigo a quitter I'Umversite de Ximenes, le projet se maintient. Caceres, Saa, Arteaga, Reynald, rejoignent a Salamanque leur maitre spirituel. Le voyage d'Inigo a Paris, distend les liens sans les rompre. On communique par lettres. Inigo essaye meme d'attirer Calisto a Paris, en lui procurant, par Pintermediaire de Leonor Mascarenhas, une bourse du roi de Portugal, pour Sainte-Barbe. Pourvu par Leonor, d'argent et d'une mule, Callixte fit le voyage du Portugal, maisrenon9a a Paris; il fit, comme tant d'Espagnols de son temps, une course aux Indes Occidentales, revint en Espagne, retourna aux Indes et finalement, s'installa a Salamanque, ou il etonna, par ses richesses, ceux qui 1'avaient connu jadis pauvre etudiant 1 .
Caceres, qui etait de Segovie, ne tarda pas beaucoup a reprendre le chemin de sa ville natale. La, il arrangea sa vie tie telle fa^on qu'il pdraissait avoir completement oublie son
i. Gonzales de Camara, n. So.
premier dessein de pauvrete et d'apostolat 1 . Arteaga prit le chemin des honneurs : il devint commandeur et eveque en Amerique. II mourut empoisonne par la faute d'un domestique, qui, en le soignant dans une maladie, se trompa de fiole et lui donna a boire de 1'eau de Soliman, au lieu d'eau pure 2 . Jean Reynald etait devenu frayle a Salamanque meme, avant qu'Inigo fut parti.
Plus rien ne demeurait done aupres de celui qui avait reve de grouper quelques hommes, resolus de vivre a Tapostolique. II recommen9a a Paris ses essais de proselytisme. Quand il revint de Flandre pour la premiere fois (1528), il s'occupa a donner les Exercices spirituels a trois de ses compagnons dont il avait gagne 1'amitie et qui s'appelaient Peralta, Castro et Amador. Les Exercices les transformerent. Us donnerent aux pauvres tous leurs biens, meme leurs livres; ils se logerent a Thopital et on les vit mendier, par les rues, de porte en porte. Cela fit grand bruit, surtout dans la tribu espagnole des etudiants. En troupe et armes, les plus resolus s'en allerent a 1'hopital Saint- Jacques aux Pelerins, pour prcher les convertis d'Inigo et les arracher de force a leur vie nouvelle. La discussion finit par une sorte de pacte : tout d'abord, il fallait achever les etudes; Peralta, Castro et Amador, par apres, suivraient leurs desseins, si bon leur semblait 3 . Peralta etudiait nous ne savons oii; Castro en Sorbonne et Amador a Sainte- Barbe. Diego de Gouvea, principal de Sainte-Barbe, avait fort mal pris 1'incident. II disait qu'Inigo de Loyola avait fait perdre la tete a Amador et qu'il expierait son crime en recevant la correction infamante qu'on appelait la salle 4 . Le delinquant condamne a cette correction devait se presenter au refectoire de la communaute, en presence de tous ses camarades et passer, le corps nu jusqu'a la ceinture, au milieu des maitres ranges sur deux files et armes de ferules cinglantes. Averti