‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 134 sur 396 · Id., n · texte numérisé non relu

Id., n

de ce qui Fattendait, Inigo de. Loyola ne laissa pas que d'aller au college, selon sa coutume. Comme il allait sortir, on ferma les portes. II comprit, et alia trouver le principal. Apres un long entretien, on les vit prendre ensemble le chemin du refectoire. Diego de Gouvea fit mettre Inigo a son cote; et quand le repas fut acheve, prenant la parole, il fit 1'eloge de 1'etudiant incrimine, a qui, sans doute, il fit promettre de moderer son zele \

Sur ces entrefaites, Inigo re?ut de Rouen une lettre suppliante. L'iridiscret qui naguere avait gaspille honteusement les ducats venus de Barcelone, lui faisait savoir qu'il etait tombe malade, tandis qu'il allait prendre le bateau pour retourner en Espagne; et'il desirait revoir son bienfaiteur. Dans Fespoir de gagner a Dieu 1'infortune, Inigo resolut de faire les 28 lieues de la route, pieds nus et a jeun. Un instant, son courage vacilla. Une visite a Saint- Dominique le remit d'aplomb. Le matin du depart, tandis qu'il s'habillait, la peur le reprit; Tentreprise n' etait- elle pas temeraire et fallait-il tenter Dieu, sous pretexte de zele? A ces pensees, les bras lui tombaient et il avait peine a se vetir. II acheva quand meme ses preparatifs et sortit bien avant le jour. II marcha jusqu'a Argenteuil toujours combattu; mais, apres avoir traverse ce village, tandis qu'il gravissait une cote, ses angoisses, commencerent a se dissiper d'elles-memes ; et il sentit en son &me de si douces consolations, une si grande vigueur spirituelle et une si joyeuse allegresse, qu'il ne pouvait s'empecher de crier son bonheur dans la campagne, tout en s'entretenant avec Dieu. Le soir du premier jour, apres quatorze lieues de marche, il coucha avec un mendiant, dans un hopital ; le second jour, dans une grange; le troisieme jour, il joignit Rouen. Selon son dessein, il n'avait pris depuis son depart aucune nourriture. Une fois le malade trouve, il le soigna, le consola, 1'aida a s'embarquer, et le munit de lettres de recommandation, pour les compagnons

i. Ribadeneyra, Vida, 1. II, c. 3; et Scr. de S. Ign., I, 303, ou le meme Kibadeneyra atteste. avoir entendu raconter ce fait a Paris, en 1542.

kisses naguere a Salamanque Calisto, Saa, Diego Caceres et Juan de Arteaga 1 .

Au retour de cette expedition charitable, Inigo trouva 1'Inquisition en emoi sur son compte, au sujet de 1'aventure des trois convertis evangeliques. Comme Peralta et Castro appartenaient a des families distinguees, leur conversion avait fait du bruit par dela le monde des etudiants; et 1'inquisiteur Mathieu Ori, de 1'ordre de saint Dominique, avait mande qu'on recherchat Inigo. A la premiere nouvelle, Inigo alia droit chez 1'Inquisiteur. Les experiences de Salamanque et d'Alcala lui avaient donne confiance dans les explications rapides et loyales. II declara au P. Mathieu Ori qu'il etait a sa disposition pour toutes les enqueues qu'il voudrait; il ne demandait qu'une chose, la celerite dans les operations judiciaires, dont il pourrait etre 1'objet; voulant commencer a suivre le cours des arts au premier jour d'octobre, il aimait mieux que son proces fut termine a cette date, afin que rien ne le detourn&t de ses etudes. L'Inquisiteur repondit a Inigo qu'on lui avait signale certains de ses actes de proselytisme. Mais 1'entretien se borna la et n'eut aucune suite 2 .

L'apotre, d'ailleurs, etait bien resolu a garder la plus grande reserve. S'il tenait a conserver les amis conquis par son zele, il ne tenait guere a en gagner d'autres. Ces entreprises auraient risque d'entamer le temps necessaire a ses etudes. A peine celles-ci eurent-elles recommence que 1'etudiant de philosophic se trouva embarrasse, comme a Barcelone, par 1'importunite des pensees saintes. Au lieu de suivre la Ie9on du maitre, son esprit, emporte par la ferveur, se perdait dans 1'attention aux inspirations divines qui lui venaient en foule. Pour se guerir, Inigo employa le remede qui lui avait reussi a Barcelone. II alia trouver Juan Pena son professeur, et lui promit d'etre assidu et attentif a toutes les Ie9ons, a la seule condition d'avoir de quoi vivre a Paris. Cette promesse faite, la

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