Id., n
spirituels. Dans Tame pure et genereuse de Le Fevre, ce mois de reflexion, de priere et de penitence produisit des effets extraordinaires : il etait pieux, il devint un vrai saint 1 .
Le Navarrais 2 avait dans 1'dme plus de fievre d' ambition et d'orgueil. Ne gentilhomme, il gardait, dans la gueuserie oft le reduisait la detresse des siens apres les guerres de Navarre, des reves de grandeur. D'Inigo, qui d'ailleurs etait noble comme lui, il acceptait bien de 1'argent, plus malaisement les conseils. En 1531, apres la mort de sa mere, il avait pris soin de faire etablir, par acte public, sa volonte d'avoir les preuves notarises de sa noblesse. Peut-etre revait-il de devenir dans son pays, apres avoir regente au college de Beauvais, un professeur fameux. Peut-etre comme son pere, pourtant si malheureux en sa carriere de conseiller des princes d'Albret, voulait-il etre un restaurateur du royaume de Navarre. II 6tait sans doute engage dans la clericature; mais combien d'hommes d'figlise pourvoyaient alors, et dans les plus grandes charges, aux affaires de 1'fitat. Bref, une soif de gloire brulait ce coeur d'ailleurs genereux. Mele a Sainte-Barbe a des compagnons devergondes, qui, sous la conduite d'un maitre debauche, couraient la nuit les endroits mal fames, il avait eu parfois la faiblesse de les suivre, jamais il n' avait partage leurs exces. L'horreur des 1 maladies qui rongeaient ces victimes du vice, avait suffi, pendant deux annees, pour soutenir sa pudeur native contre les entrainements des mauvais exemples. Les eclaboussures de ces scandales, le mirage des gloires humaines ou se complaisait son imagination, le tenaient plus loin que Le Fevre des aus-
1. Man. Fabri, Mentor., n. 9, 14. Pierre Le Fevre, n6 au Villaret, dans le diocese de Geneve, d'une famille paysanne, vers PSques 1506; e"leve neuf ans au college de la Roche ; venu a Paris en septembre 1525, licencie" es-arts apres PSques 1530; re9oit les Ordres a Paris, le 28 feVrier, le 4 avril, le 4 mai, ce"lebre sa premiere messe le 22 juillet 1534; gradu maitre es-arts, apres Paques 1536.
2. L. Cros, op. cit., I, 100, 124-127. Francisco de Jassu, n6 au chateau de Xavier, diocese de Pampelune, e"leve a Sanguesa, vient a Paris en octobre 1525, licencie es-arts le 15 mars 1530, maitre de philosophic au college de Beauvais en 1534, gradue" maitre es-arts apres Paques 1536.
teres chemins de 1'Iivangile. Mais 1'heure vint tout de meme oil la parole d'Inigo parut a ce mondain moins etrange. Comme Le Fevre, il fit les Exercices spirituels, avec une egale sincerite et une egale plenitude dans la donation de soi a Dieu. Avant me'me que de les faire, il etait deja, depuis quelques mois, conquis tout entier a la vie evangelique.
Diego Laynez et Alonso Salmeron x etaient venus d' Alcala a Paris. Us etaient jeunes, studieux, pleins de foi. Laynez avait deja pris a Alcala, le grade de maitre es-arts, le 26 octobre 1532; Salmeron avait etudie avec ardeur le grec et 1'hebreu; il put, a Paris, aupres des chaires des lecteurs royaux, accroitre encore le savoir qui devait 1' aider plus tard a interpreter avec tant d'autorite 1'Iicriture. A TUniversite d'Alcala, les deux jeunes hommes avaient entendu parler d'Inigo de Loyola. Quand ils arriverent a Paris, la Providence permit qu'au moment mme ou ils descendaient de cheval a la porte de 1'hotellerie, Inigo fut le premier homme qu'ils rencontrassent 2 . Trouver, des les premiers pas dans Paris, a qui parler castillan, dut etre, pour les deux voyageurs, une douceur singuliere. Les relations continuerent. II ne fallut pas longtemps a Inigo pour conquerir le castillan Laynez et le toledan Salmeron; ils suivirent de pres Pierre Le Fevre, dans la voie des Exercices spirituels. Laynez y entra le premier, avec une impetueuse ardeur; il passa dans un jeune absolu les trois premiers jours; les quinze jours suivants, il vecut de pain et d'eau. Ces exemples de rigoureuse penitence et de priere ardente furent, pour Salmeron, un appel auquel il ne resista pas.
Un autre Espagnol 3 , du royaume de Leon, se joignit a eux.
1. Astrain, I, 73. Di6go Laynez, n6 a Almazan, au diocese de Siguenza, en 1512, d'une famille de marchands, Sieve a Soria et a Siguenza ; gradu nuutre es-arts a Alcala, le 26 octobre 1532, venua Paris en 1533. Alonso Salmeron, ne~ & Tolede, de parents pauvres, le 2septembre 1515, condisciple de Laynez a Alcala, venu avec lui a Paris en 1533, gradue maitre es-arts, apres Paques 1536.