Mow. Bobad., Polanco, I
Nicolas, ne" vers 1509, probablement k Bobadilla, surement dans le dio-
2o8 EN VUE D'UNE VIE APOSTOLIQUE
Quand il arriva a Paris, il etait pourvu cle savoir plus que d'ecus. II avait etudie a Valladolid et a Alcala la philosophic et la theologie; il avait meme etc, a Valladolid, regent de logique. C'est pour mieux apprendre les langues qu'il vint a I'Universite de Paris. La Providence mit Inigo de Loyola sur son chemin. Le genereux mendiant le secourut de ses aumones. La candeur, 1'activite, 1'intelligence du nouveau venu plurent au recruteur d'hommes apostoliques qu'etait Inigo. Par le chemin des Exercices spirituels, Nicolas Bobadilla rejoignit la petite troupe qui etait en train de se former.
Simon Rodriguez de Azevedo 1 etait venu a. Paris en 1527, L'annee precedente, a la demande du portugais Diego de Gouvea, principal de* Sainte-Barbe, le roi Jean III avait fonde dans ce college parisien cinquante bourses en faveur d'etudiants de sa nation. Simon etait un de ces boursiers royaux, dont les neveux de Gouvea etaient la fleur. Nous ignorons a quel moment le jeune' gentilhomme commen?a ses relations intimes avec Inigo de Loyola. Mais, nous le savons par lui-meme, ce fut tot apres Laynez et Salmeron, qu'il entra dans les desseins genereux que 1'ancien heros de Pampelune inspirait a tous ceux qui le voyaient de pres 2 .
A des dates diverses, au bout d'une retraite de trente jours, faite avec une admirable ferveur, chacun de ces six jeunes hommes 3 se decide a une mems resolution : se consacrer au service de Dieu, par le sacerdoce, afin de travailler au salut
cese de Palencia, de parents pauvres ; 61eve a Valladolid, graduS maitre esarts a Alcala ; eleve de theologie k Valladolid, professeur de logique dans cette universit6 ; venu a Paris en 1534, gradu maitre es-arts apres Paques 1536, sous la pre"sidence de Fran9ois de Xavier.
i. N6 a Vouzela, diocese de Viseu, d'une famille noble; e'leve' a Lisbonne par le doyen de la Chapelle royale Die"go Ortiz Vilhegas ; boursier de Sainte-Barbe en 1527, licenciS es-arts le 14 mars 1536, maitres es-arts apres Paques 1536.
2.- Rodrigues, Commentaire, 155; Polanco, Cronicon, I, 49-50 ; Francisco Rodrigues, Historia da Companhia de Jesus na Assistencia de Portugal t. I, vol. I, 41-46.
3. En 1534, Le Fevre a 28 ans; Xavier, 27; Bobadilla, 25; Rodrigus, 24.; Laynez, 22; Salmeron, 19.
VCEU DE MONTMARTRE
i5 aout 1534: Ignace de Loyola, Pierre Lefevre, Francois Xavier, Jacques Laynez, Alphonse Salmeron, Nicolas Bobadilla, Simon Rodrigues de Azevedo. i5 Aout i5'35 : Claude le Jay. i5 Aout i536 : Paschase Broet, Jean Codure.
des ames. Depuis de longues annees, ce zele apostolique embrasait le coeur d'Inigo. A son contact, la pure et vive flamme s'allume au coeur de ses disciples. A la suite du divin roi, il revent de conquetes; ils veulent, par dela les frontieres de leur pays natal, etablir le regne de Dieu ; les missions parmi les infideles ne les effraient pas ; ils iront d'abord en Palestine. En 1534, ces projets deviennent matiere d'entretiens qui sont une vraie deliberation en commun, au secours de laquelle Dieu est appele par tous dans la priere et la penitence. La conclusion est ferme; elle tient en trois mots : promesse de pauvrete evangelique quand les etudes seront terminees ; promesse de chastete; promesse d'aller a Jerusalem et d'y travailler a la conversion des infideles, a moins que les obstacles n'empechent 1'embarquement a Venise ou le sejour en Palestine; auquel cas, ils iront a Rome prier le Souverain Pontife de decider de leurs destinees. Dans le coeur de tous, brulait la meme flamme genereuse de devouement et la meme piete pour la Vierge. Ils furent unanimement d'avis que la fete de 1'Assomption serait le jour de leur serment sacre; ils passerent cette fete sur les hauteurs de Montmartre 1 .
En ce temps-la, 1'abbaye benedictine de Saint-Pierre dominait un vaste enclos de jardins et d'arbres qui s'etendaient jusque vers le milieu de la butte. Les pentes voisines etaient desertes comme une campagne abandonnee. Qa et la, quelques moulins animaient le paysage, avec leurs tours rondes et leurs grandes ailes en croix. Au point que forme aujourd'hui 1'intersection de la rue Antoinette et de la rue des Martyrs, se dressait une chapelle commemorative du martyre de saint Denys. La crypte rappelait le sepulcre du premier eveque de Paris. Au-dessus, avait etc batie, au xiv e siecle, une eglise haute. C'est la que se reunirent, au matin du 15 aout 1534, les hommes de Dieu. Pierre Le Fevre etait pretre depuis le 22 juillet. II celebra la sainte Messe. Au moment de la communion, Inigo de Loyola, Xavier, Laynez, Salmeron, Rodri-
i. Rodrigufes, Comment., 457-458; Le Ffevre, Memor.,n. 14, i5;Polanco, '> So. Voir note 14.
gues, Bobadilla, prononcerent le triple vceu qui fixait provisoirement leur vie. Le Fevre les . communia 1 . Avec quelle genereuse allegresse, cette offrande fut faite ! Dans le secret de cette chapelle perdue, tandis qu'au has de la colline, la ville dormait, encore lasse de ses plaisirs, de ses affaires et de ses disputes, une chose divine commen9ait, ignoree de tous, contemplee avec complaisance par la Vierge et son Fils. Les homrnes qui sortirent de cette chapelle, 1'ame en fete, le visage rayonnant, le coeur et les levres pleins de 1'fivangile, etaient de vrais reformateurs de 1'figlise.
Us passerent en prieres et en pieux entretiens la journee entiere. Au bord d'une fontaine, sur les pentes qui s'inclinent vers la plaine de Saint-Denys, ils prirent ensemble un frugal repas, assaisonne de joie celeste et de charit^ fraternelle 2 . Des balcons du Paradis les vieux moines de Syrie et d'figypte auraient reconnu des freres, dans ces etudiants presque tous Espagnols, perdus pour quelques heures comme des solitaires au milieu de la campagne parisienne. Tandis que le jour s'eteignait, ils regagnerent la ville bruyante et le quartier des ecoles. Dans le coeur de tous, le souvenir de cette fete de Marie demeura vif et doux; nul d'entre eux ne trahit les promesses faites au pied du tombeau des martyrs; desormais leur vie chretienne et leur vie intellectuelle avaient un but. Comme dira plus tard Le Fevre, ils avaient vu, dans la lumiere du Ciel, et le principe et la fin. Non seulement ils savaient que, venus de Dieu, ils devaient retourner a Dieu, mais la route a suivre pour ce retour etait tracee toute droite devant eux; c'e'tait, sans toutefois entrer dans un Ordre religieux, la route des conseils eVangeliques.
Plus tard, quand Ignace de Loyola aura etc* eleve sur les autels, et que la troupe apostolique, dont il revait a Paris, sera devenue, selon le mot de Bossuet, la celebre Compagnie
1. Rodrigu&s, Comment., 459; Le Efevre, Mem., n. 15; Polanco, I, 5' Gonzalfes de Camara, n. 85.