‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 138 sur 396 · Rodrigues, Comment · texte numérisé non relu

Rodrigues, Comment

3. Le Fevre, Mem., n. 103; et aussi la lettrc du iz mai 1541, dansMon. Fabri, 104.

de Jesus, on se rappellera la date du 15 aout 153.4. Sous Louis XIII, 1'eglise du. Sanctum Martyrium sera rebatie, sur de plus vastes proportions. Au-dessus du maitre-autel de la crypte, un tableau sera place representant Le Fevre a 1'autel, tandis qu'Ignace et ses compagnons a genoux, s'appretaient a lire la formule de leur voeu. Dans 1'eglise haute, la chapelle la plus voisine du sanctuaire, a droite, sera dediee a saint Ignace, et sur une grande plaque de cuivre les passants pourront lire :

Societas Jesu

quae Sanctum Ignatium Loyolam

Patrem agnoscit, Lutetiam matrem,

Hie nata est.

Et 1'inscription n'est pas menteuse, a condition de la comprendre. En 1534, le corps religieux qui s'appellera la Compagnie de Jesus, n'existe que dans un germe informe; mais 1'esprit des Exercices qui animera et organisera ce corps est deja vivant et doue de toutes ses puissances. En ce sens, il est vrai de dire que 1'ordre des jesuites est ne a Montmartre.

D'une vie commune, les pelerins de Montmartre 'auront desormais quelques elements fort simples, qui, d'ailleurs, les liaient deja depuis quelque temps : meditation et examen de conscience quotidiens, confession et communion hebdomadaires, entrevues et reunions frequentes tantot chez Fun, tantot chez 1'autre. La diversite de leurs etudes, la pauvrete de leurs ressources, Pincertitude de leurs desseins, ne permettaient rien de plus, II etait toutefois entendu que, durant leur sejour a Paris, ils renouvelleraient tous les ans, le 15 aout, leur voeu de 1534. Ainsi firent-ils en 1535, et Claude Le Jay, gagne par son compatriote Le Fevre, s'adjoignit a la petite troupe. Le ! 5 aout 1536, le Picard Paschase Broet et le Dauphinois Jean Codure s'ajouterent encore 1 .

A cette epoque, Inigo de Loyola n'est plus a Paris. Mais souvenir, ses Exercices spirjtuels, ses recommandations, son

* Rodrigues, Comment., 460; Le F^vre, Mem., n. 15; Polanco, I, 49-50; z dans Scr. de S. Ign., I, 111-112.

VOEU, tiennent fortement unis entre eux, tous ces jeunes homines. Pierre Le Fevre, comrne un frere aine, continue a les impregner d'un esprit ignatien, que mil ne posseda jamais avec plus de plenitude. II est pretre, il a acheve ses etudes de theologie, il a tous les loisirs et toute 1'autorite necessaires pour gouverner ses compagnons. Ceux-ci suivent les cours et passent des examens, avec la passion des plus fervents lettres. Tous seront maitres es-arts, tous prendront, alors ou plus tard, leurs grades en theologie. Mais si vive que soit leur soif de savoir, ils ont au coeur, plus vive encore, la soif de gagner des ames a Dieu. En face du protestantisme qui accueille les deserteurs de 1'figlise, et du paganisme qui detient encore dans la nuit tant d'mes ignorantes du Christ, ils veulent etre apotres. Et la science qu'ils acquierent n'est pour eux qu'un moyen d'autoriser le zele.

A une heure ou la politique rivale de Fra^ois I er et de Charles-Quint divise 1'Europe et embarrasse les papes, ces Fran9ais, ces Savoyards, ces Espagnols s'aiment comme des freres; saint Paul dirait qu'ils ne sont qu'un en Jesus-Christ. Jesus-Christ est vraiment le centre de leurs pensees et de leurs amours. Ces etudiants de la Renaissance parisienne sont plonges dans 1'atmosphere du Cenacle et de 1'figlise primitive. L'Esprit-Saint les possede et les gouverne. Le jour venu, ils pourront precher 1'livangile, ils le vivent.

Quant a Inigo de Loyola, sa sante, au printemps de I535> se trouve fort ebranlee. Depuis les jours de penitence extreme de Manrese, les douleurs d'estomac etaient devenues chez lui un mal chronique. A Paris, il avait subordonne les austerites au travail scolaire, sans renoncer toutefois a la mortification. Les saints ne connaissent pas les abstentions qui seraient des ladietes. Bref, pour des causes diverses sans doute, 1'etudiant quadragenaire se trouve reduit a une sorte d'epuisement. Le s souff ranees d'estomac duraient des heures, a 1'etat aigu; elles s'accompagnaient d'une fievre devorante, Les medecins con-

suites avaient suggere bien des remedes; aucun n'operait, ils finirent par conseiller une cure d'air natal. II fut decide qu'Inigo ferait le voyage d'Espagne; il ceda a 1'avis des medecins et plus encore aux instances de ses amis; il pourrait, d'ailleurs, profiter de la circonstance pour regler les questions de patrimoine, dont ses compagnons et lui entendaient bien ne plus s'embarrasser desormais. Les conventions furent vite faites. La fin de leurs etudes conduirait jusqu'en 1538 les compagnons d'Inigo; le 21 Janvier, fete de la conversion de saint Paul, ils partiraient pour Venise; lui, de son cote, apres avoir traite toutes ses affaires et les leurs, a Azpeitia, a Almazan, a Tolede, a Xavier, irait tout droit a Venise pour les attendre 1 .

Tandis que tout s'appretait pour la separation, Inigo apprit qu'il avait etc denonce a 1'Inquisiteur et qu'un proces le mena9ait. II alia trouver le P. Mathieu Ori, pour toutes explications utiles, L'Inquisiteur declara qu'en effet il y avait une accusation sans importance; mais il ajoutait qu'il serait bien aise de voir les Exercices spirituels, dont on lui avait parle. Inigo n'avait pas a cacher son instrument de conquSte. II remit au P. Ori le manuscrit. Le P. Ori le parcourut, le loua beaucoup et temoigna le desir d'en avoir copie. Inigo lui en donna une. Apres quoi, il prit la liberte d'insister, aupres de 1'Inquisiteur, le priant de poursuivre le proces jusqu'a la sentence finale. Le juge s'excusait disant que c'etait superflu; Inigo tenait son idee. II revint un jour chez 1'Inquisiteur, accompagne de temoins et d'un notaire public; et quand il sortit du couvent des dominicains de la rue Saint- Jacques, il avait une attestation, en bonne et due forme, qui garantissait sa foi comme ses mceurs 2 .

Cette precaution prise, il partit pour 1'Espagne, monte stir un petit cheval que ses compagnons lui avaient achete. Ce dut etre aux environs du 25 mars, probablement le 30, soit le surlendemain de Paques.

1. Gonzales de Camara, n. 84, 85, 86; Rodrigues, Comment., 461; Lc l^vre, Mem., n. 16; Laynez, dans Scr. de S. Ign., I, 112.

2. Gonzals de Camara, n. 86; Scr. de S. Ign., II, 3. Voir note 15.

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