CHAPITRE X
LE SAACTIFICATEUR D'AZPEITIA
(mai-juillet 1535).
De Paris a Azpeitia, il y a 900 kilometres environ. Pour faire cette route, Inigo mit un mois. II ne nous reste de ce voyage aucun souvenir, aucun incident que le voyageur ait daigne noter.
Des qu'il cut franchi les frontieres de Guipuzcoa, au lieu
de prendre le chemin royal qui 1'aurait conduit a Loyola, il
prit les sentiers des montagnes; son intention bien arretee
etant de fuir la maison paternelle pour vivre, comme un
pauvre, a I'h6pital. Mais il avait etc reconnu a Bayonne, a
I'hdteilerie, par Jean de Heguibar, approvisionneur des bou-
cheries d'Azpeitia et ancien combattant des guerres de Navarre.
Celui-ci crut de son devoir de courir a Loyola porter la nou-
velle. Tandis qu'Inigo cheminait solitaire, il vit venir vers lui
deux hommes armes. L'endroit etait repute pour les mauvais
coups perpetre"s par des assassins. Les passants le croiserent,
puis revinrent en hate sur leurs pas. Inigo, qui s'en apercut,
eut un frisson de peur, il leur parla cependant et il apprit
d'eux qu'ils etaient des serviteurs de Loyola, envoyes a sa
recherche. II les pria de prendre les devants et continua seul
sa route. Un peu avant d'arriver a Azpeitia, il trouva des
pretres qui venaient a sa rencontre. On devine ce qui s'est
passe. Par ses domestiques, Martin Garcia sait que son frere
gagne Azpeitia, par un chemin qui ne passe point a Loyola.
II a compris; il a trop presents a la memoire les adieux de
1521, pour douter de la resolution d'Inigo. Mais peut-etre des
pretres obtiendront-ils ce que lui, Martin, n'ose esperer.
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Balthasar de Garagarza et les elercs qui raccompagnent, s'acquittent avec zele de leur commission. Ils font au voyageur les plus vives instances pour le conduire a Loyola. Tout demeure inutile, Inigo prie les pretres de le laisser continuer son chemin, tandis qu'ils le suivront eux-memes de loin. Par Etumesa, Herriazaga et le chemin de Cestona il arrive a la basilica de la Madalena, a laquelle etait joint un hopital, a trois cents pas de la ville* C'est la qu'il va demander un logement ^
Get hopital, dont Martin Garcia de Loyola etait patron, etait administre par Pero Lopez de Gariyn et Milia de Goyaz sa femme, depuis le 25 mars 1524, Ces nobles azpeitiens, allies aux Loyola et chretiens ge'nereux, avaient perdu tous leurs enfants; ils consacraient leur vie et leurs biens aux bonnes ceuvres. On devine avec quel respect de pareils hospitaliers re^urent Inigo. C'e'tait le vendredi 30 avril 1535, vers cinq heures du soir 2 .
Des le premier jour, Inigo fixe, pour ne plus s'en departir, son programme : il vit comme si, dans ce pays, il cut ete inconnu. II recommence a Azpeitia la vie de Manrese, Mendiant sa nourriture de chaque jour, il se pre'sentait modestement aux portes de ses compatriotes et de ses parents, demandant I'aumone pour 1'am.our de Dieu. Charge des produits de sa quete, il reprenait le chemin de Thopital, partageait entre les malades et les pauvres ce qu'il avait de meilleur, gardant pour lui peu, et le plus mauvais. Comme Ton pense, Martin Garcia tenta d'abord de s~'opposer a ce qu'il considerait comme un de*shonneur pour sa maison. Vains efforts. Inigo s'enteta dans sa resolution evangelique 3 .
Tous les jours il rassemblait les enfants pour leur faire le catechisme 4 . Quand il s'ouvrit de ce projet a son frere, Martin Garcia lui dit qu'il n'en viendrait pas un. Ils vinrent, et en