‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 141 sur 396 · Id., n · texte numérisé non relu

Id., n

2i8 EN VUE D'UNE VIE APOSTOLIQUE

et un bannissement de deux armies; a la troisieme fois, cent coups de fouet, en public, et un bannissement de six annees.

II y avait done, pour faire appel aux pouvoirs publics, des precedents autorises. Mais 1'homme de Dieu avait trop 1'expe 1 rience de la faiblesse humaine, pour croire a la seule action des lois. Les changements durables sont uniquement ceux qui s'operent dans le fond meme des ames. A partir du jour de 1'Ascension jusqu'a la fete de la Pentecote, Inigo precha tous les jours sur les commandements de Dieu; contre Timpurete et le blaspheme, sa parole cut une force singuliere. Cinq femmes de mauvaise vie, parmi lesquelles une Loyola, se convertirent. Leur conversion fut aussi eclatante que 1'avaient etc leurs scandales.'Plusieurs allerent a Rome en pelerinage de penitence. Inigo ne manqua pas non plus de faire venir a I'hopital, pour lui faire de justes remontrances, le bachelier Acharan et un certain Perez de Eyzaguire allie de sa famille; et il cut le bonheur de les acheminer a une vie nouvelle 1 .

Pour toucher le cceur des pecheurs, Inigo comptait uniquement sur la grace de Dieu. De Dieu il attendait la benediction necessaire pour feconder les reglements du corregidor et ses propres predications. Dans son testament 2 , Martin Garcia de Loyola dicte : Je dis et je veux qu'a perpetuite, on sonne, a 1'heure de midi, la grand cloche de 1'egiise Samt-Sebastien, tous les jours, afin que ceux qui 1'entendront soient excites a dire a deux genoux un Pater noster et un Ave Maria, suppliant Dieu Notre-Seigneur de vouloir bien donner, a ceux qui se trouvent en etat de peche mortel, la grace d'en sortir; et un autre Pater Noster et Ave. Maria pour leur obtenir la grce de n'y pas retomber. Et pour que Dieu Notre-Seigneur soit encore plus honore, j'ordonne et ma volonte est qu'a la

1. Scr. de S. Ign., II, 185, 191, 198, 208, 214, 217, 220, 223, 226, 230, 239, 242.

2. Polanco, Cronicon, I, 497-515. Le testament public" la par le P. Velez, a ete public aussi dans le Bol. de la real Acad. de historia, XIX, 539-557- II est du 19 di-ic. 1538. Mais le P. Velez a tort de dire que Garcia mounit le 19; il y a quelques codicilles au testament les 21, 23, 24, 25, 27 novembre 1538. Martin Garcia mourut le 29 novembre a trois heures apres minuit.

LE SANCTIFICATEUR D'AZPEITIA 2IQ

meme heure de midi, les Fraylas sonnent chacune la cloche de leur ermitage, afin que les habitants de la region soient avertis de faire les memes prieres. Et apres avoir fixe a deux ducats d'or et dix reaux castillans valant chacun 34 maravedis, le salaire des sbnneurs, le testateur ajoute : Je recommande au recteur qui est ou sera, qu'il veuille bien a 1'eglise meme, deux fois 1'an, publier la raison de cette fondation... J'avais 1'intention de laisser a mon frere Inigo un autre souvenir; mais il jugea lui-meme que celui-ci serait meilleur, vu surtout qu'une autre personne zelatrice du service de Dieu m'aidait en quelque chose a etablir cette oeuvre et qu'ainsi elle aurait part au merite.

On leve sans peine cet anonymat, d'ailleurs transparent, quand on sait, par le temoignage de Potentienne de Loyola 1 qu'Inigo voulut consacrer au paiement des sonneurs de la cloche des pecheurs, ce qui lui restait a prendre sur sa legitime.

Au surplus, le saint homme ne menageait pas sa peine; oraisons ferventes, saints entretiens avec qui venait le voir, predications frequentes, tout lui etait bon, pour amener les mes au sincere service de la divine Majeste. A mesure que son sejour se prolongeait, 1'affluence devenait plus considerable. De vallee en vallee, de village en village, le bruit se repandait qu'un saint donnait audience a Thopital de la Madalena d'Azpeitia. Les ternoins du proces insistent sur cette foule de visiteurs et d'auditeurs. Aux alentours de 1'hopital, on grimpait sur les arbres et sur les murailles. En ce temps-la, les champs qui avoisinaient la Madalena appartenaient au monastere. La foule s'y j etait. Au bout de pen de temps, il ne restait la, disent les temoins, trace ni d'herbes ni de ronces. Ceux qui etaient condamnes a rester loin, faute de pouvoir approcher, n'etaient pour autant prives des Ie9ons de Thomme de Dieu. Catalina de Egurza, Martin de Eyzaguirre, Andre de Oraa, Maria de Ulacia, racontent qu'ils ont entendu la voix

i. Scr. de S. Ign., II, 193.

haute et aigue du predicateur, a plus de trois cents pas de 1'hopital *.

Dans les entretiens particuliers, Inigo achevait souvent 1'ceuvre que le remords avait commencee pendant le sermon Son ministere de reconciliation etait particulierement beni de Dieu. Lorenza de Ugarte 2 narre qu'il vint, jusque de Placencia, un pere et un fils en mesintelligence, qui firent la paix aux pieds d'lnigo; revenus dans leur pays, ils ecrivirent a leur bienfaiteur une si belle lettre, si remplie de joie, qu'Inigo la lut aux pauvres de 1'hopital, pour leur montrer sans doute combien la paix de la conscience recompense la generosite de ceux qui savent se vaincre pour demeurer fideles a Dieu. Peut-etre les reconcilies de Placencia etaient-ils des Loyola; il y avait, dans cette ville, une branche de la famille. Mais sans sortir d'Azpeitia, Inigo avait, parmi les siens, de quoi travailler a calmer les coleres, a apaiser les haines inveterees.

Au moment meme de son depart de Loyola, en 1521, il avait menage entre son frere Garcia d'une part, le recteur de 1'eglise Anchieta et le couvent des Isabelitas de 1'autre, un accord genereux 3 . Depuis, la brouille avait recommence, et les proces, et les contestations. L'inimitie etait aussi vive que jamais, lorsqu'en 1532, de Paris, Inigo ecrivait a son frere ces lignes, qui durent percer comme une fleche du ciel le coeur de Martin Garcia. Je desire avec ardeur, et plus qu'avec ardeur, si 1'on peut dire ainsi, que la vraie charite devienne parfaite en vous, mes parents, mes amis, et que vous consacriez toutes vos forces au service et a la gloire de Dieu Notre- Seigneur, afin que je puisse vous aimer et vous servir davantage 4 .

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