‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 148 sur 396 · Id., I · texte numérisé non relu

Id., I

Or, cet ami, bien pourvu, re9oit ses fonds par voie tres sure; et il ecrit a son pere que si le seigneur Inigo lui donnait de 1'argent, pour des etudiants de Paris, il le lui fasse parvenir avec le sien et de meme monnaie. Dans sa charite pour ses compagnons d'etude, il est fort probable qu'Inigo avait reuni quelques ecus a leur envoyer; il ne put manquer de les remettre a Jean Laynez, pour que 1'excellent homme le fit parvenir a Paris par ses intermediates habituels. Lorsque Jean Laynez et sa femme Isabel Gomez avaient envoye leur fils Diego etudier dans les Universites de Siguenza et d'Alcala, ils ne doutaient pas qu'il ne fit son chemin. Maitre Inigo put leur assurer que, dans les ecoles de Paris, Diego avait appris plus encore; et qu'il marchait a grands pas dans la voie de la science des saints.

D'apres les dictees faites au Pere Gonzales de Camara, Inigo passa par Siguenza 1 . Peut-etre Laynez lui avait-il donne quelque lettre pour quelque professeur de cette ecole, dont la gloire antique palissait a cote du soleil leve siir Alcala.

C'est au pied des chaires d'Alcala* que Diego Laynez et Alonso Salmeron s'etaient rencontres et lies d'amitie. Salmeron etait Toledan. Inigo alia de Siguenza a Tolede, pour faire les commissions de Salmeron a ses parents. II est probable qu'au temps ou il etait page de Velazquez, il avait admire Tolede. Mais aujourd'hui il n' avait pas les memes yeux. Que lui dirent le Tage roulant dans son lit de rochers, le pont d' Alcantara, San Juan de las Reyes, la cathedrale et 1'Alcazar ? Charles- Quint etait alors dans toute sa gloire. De 1'heritage de Ferdinand le Catholique, il avait fait Fempire le plus etendu, le plus riche et le plus glorieux qu'il y eut au monde. En voyant au sommet du promontoire de granit, dont le Tage baigne le pied, P Alcazar etendre sur la ville, comme un aigle, ses ailes puissantes, 1'ancien soldat de Pampelune devait penser que le Louvre de nos rois, caresse par la Seine, avait bien humble apparence... Encore quatre ans, l'imperatrice Isabelle mourra

i. Gonzal&s de Camara, n. 90.

a Tolede, 1'empereur epouvante, s'enfuira dans un monastere, et Fran0is de Borgia jurera dans son cceur, en face du cercueil ouvert qui contient la depouille empuantie de 1'imperatrice, de ne plus servir des maitres qui meurent. De cet avenir tragique, Inigo ne sait rien; mais son coeur est plein de ce desenchantement des grandeurs humaines. S'il alia prier, comme on n'en peut douter, dans les eglises de Tolede, en voyant les dalles funeraires sous lesquelles dorment tant de prelats, de princes et de rois, son ame ardente ne devait-elle pas redire le quid prodest, dont il avait si longtemps fatigue les oreilles de Frangois de Xavier ?

II ne parait pas que, de Tolede, Inigo soit alle au pays de Bobadilla. Celui-ci avait perdu son pere, Francois Alfonse, depuis 1517; peut-etre, en 1535, sa mere, Catherine Perez, etait-elle morte aussi. Fra^ois et Catherine, s'ils etaient de condition mediocre, avaient une religion profonde. Us avaient eleve leur fils dans la crainte de Dieu et 1'avaient habitue a frequenter les eglises avec devotion 1 . S'ils avaient re?u la visite d'Inigo, ils auraient eu grand peine a comprendre comment, a 28 ans, Nicolas n'avait pas encore termine ses etudes, bien qu'il eut ete professeur de philosophic a Valladolid et a Paris meme. Mais combien ils auraient ete heureux d'apprendre que leur fils serait pretre, predicateur de 1'fivangile, sauveur d'ames. Que pouvaient rever de plus beau ces Espagnols, dans la ferveur de leur foi ? .

Partout, a Tolede, a Almazan, a Xavier, on offrit a Inigo, de 1'argent pour les besoins de son voyage ; en depit des pressantes instances qui lui furent faites, il n'accepta rien 2 . Depuis longtemps, il avait verifie dans sa vie la verite de la parole du Sauveur aux apotres : Vous a-t-il jamais manque quelque chose ? Sa confiance dans la Providence divine etait absolue.

De Tolede, il se rendit a Valence, a pied, comme il avait coutume. Peut-etre tout son dessein, en allant a Valence,

i. Mow. Bobad., 613.

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