Calendar of State papers. Spain, I
6. Sur Helyar (1503-1541), voir Dictionary of National biography, XXV,
Constances fit-il la connaissance d'lnigo ? Nous n'en savons rien. Nous savons seulement que, tout en consentant a suivre les Exercices spirituels de son compatriote, il n' etait pas sans apprehension sur les intentions de 1'homme et sur les mysterieuses operations de la retraite. Des bruits facheux etaient venus jusqu'a lui, et, sans y croire completement, il en etait emu au point de prendre quelques precautions. En veritable Espagnol, il tenait a sa foi par-dessus tout; et en vrai nourrisson des universites de son temps, il etait decide, le cas echeant, a refuter les sophismes de son instructeur d'occasion, par les meilleurs arguments de 1'ecole. II amassa done dans sa chambre de retraitant un petit arsenal de livres de theologie. Mais bientot il mesura 1'erreur et 1' injustice de ses craintes. Des levres du maitre jaillissait, non 1'Iivangile des lutheriens, mais le pur fivangile de Jesus- Christ. De sa retraite, Diego de Hoces sortit avec la resolution de s'agreger a la troupe de compagnons qu'Inigo attendait a Venise 1 .
Diego et fitienne de Eguia prirent la meme resolution. Us avaient connu Inigo a Alcala, nous 1'avons note. Au retour d'un pelerinage aux Lieux Saints, ils le rencontrerent a Venise, sur la fin de 1536. L'ancienne amitie fut renouee. Entraines a faire les Exercices, les deux freres deviendront a leur heure jesuites. Rojas aussi se fera jesuite.
Gaspard de Doctis etait auditeur a la nonciature a Venise. Pierre Contarini etait le parent du fameux cardinal Gaspard Contarini, dont la science et le zele sont aussi notoires que la confiance donnee par lui au fondateur de la Compagnie de Jesus 2 .
A tous ces hommes de bien rencontres par hasard a Venise, Inigo fit faire les Exercices. Nous voyons done se renouveler, dans la capitale de la Serenissime Republique, le phenomene plusieurs fois constate, au cours de cette histoire. A cet inconnu, a cet etranger, qu'est Inigo de Loyola, des sympathies mar-
i. Gonzalfes de Camara, n. 92; Polanco, Vita, 55, a. Tacchi Venturi, op. cit., II, 86-87.
quees viennent de haut; elles sont le surcroit promis par Plivangile a ceux qui ne cherchent que le royaume du ciel, et ces amis se mettent humblement a son 6cole.
Tandis qu'Inigo, apres avoir couru 1'Espagne, attendait a Venise que tous pussent s'y reunir, la petite troupe parisienne des Iniguistes, vivait de son souvenir et de son esprit, sous le gouvernement de Pierre Le Fevre. Rien n'avait diminue la bonne volonte de ces jeunes hommes. Aux vceux de Montmartre, renouveles le 15 aout 1535 et 1536,. leur joie s'etait accrue avec leur nombre; s'etaient adjoints le Savoyard Claude Le Jay, le Picard Paschase Broet et le Dauphinois Jean Codure, tous trois fils spirituels de Pierre Le Fevre, gagnes par les Exercices, et decides a mener, avec la grace de Dieu, la vie la plus evangelique 1 .
D'apres le plan arr6te avant qu'Inigo quittat Paris, les Iniguistes devaient, le 25 Janvier 1538, se mettre en route pour Venise. Les evenements politiques les forcerent a devancer cette date. Les preventions de Fran9ois I er sur le Milanais amenerent entre le roi de France et I'empereur des explications d'abord, puis la guerre. Tandis que ses troupes des Pays-Bas envahissaient la Picardie, Charles-Quint franchit le Var (25 juillet 1535) et ne tarda pas a assieger Marseille. II est vrai, la famine le contraignit a lever le siege (14 septembre). De quoi le Seigneur fut remercie, par une procession generate a Paris et un Te Deum en musique a Notre-Dame, sous la presidence du cardinal du Bellay. Mais 1' opinion etait fort echauffee centre les Espagnols. Nos etudiants devaient done fuir Paris; et, au lieu de descendre vers le Midi de la France, passer par la Lorraine et 1'Allemagne. La Lorraine etait en paix avec les deux puissances belligerantes. Si la route par la etait plus longue, elle etait plus sure. Une fois les fron-
i. Lc Fevre, Mem., n. 15. Rodrigues, Comment., 454.
ti&res du pays neutre franchies, on se trouverait en plein empire de Charles- Quint. La, les Espagnols couvriraient les Fran9ais.
Avant le depart, Inigo essaya de menager aux voyageurs quelque protection. II ecrivit x au confesseur de la reine de France, le dominicain espagnol, Gabriel Guzman, qui etait a Paris depuis que Fra^ois I er ayait epouse Jileonore d'Autriche, soeur de Charles-Quint (4 juillet 1526). Mais il ne parait pas que cette demarche ait eu quelqu^ effet.
Quelques docteurs de I'Universite de Paris, consultes par les voyageurs, s'emurent de leurs projets. Les difficultes leur paraissaient insurmontables, vu la guerre. L'un d'eux, interpellant Le Fevre, alia meme jusqu'a dire que celui-ci ne pouvait, en conscience, quitter Paris. Louable etait le desir de travailler a la conversion des zlmes. Mais qui convertirait-il, dans cet inconnu ou il s'elancait a la suite d'Inigo ? L'experience, au contraire, ne lui avait-elle pas appris que, dans le sein de l'Universite de Paris, il operait le plus grand bien? Pourquoi quitter le certain pour 1'incertain ? En avait-il le droit ? II semblait bien que non. Rassembles pour decider de ce cas de conscience, les docteurs de la Faculte de theologie concluraient surement contre un voyage, qui risquait d'etre une aventure et un echec. Le Fevre repondit sans s'emouvoir qu'ils partiraient tous. Et ils partirent 2 le 15 novembre 1536.
Un premier groupe, dont Simon Rodriguez, prit les devants jusqu'a Meaux. A Meaux 3 , la petite avant-garde assistait tous les jours a la messe, dans la chapelle de Saint-Fiacre, a deux milles de la ville. Ceux qui etaient restes a Paris s'occuperent de liquider leur mince avoir. Les pauvres furent leurs heritiers. Ne fallait-il pas realiser a la lettre la parole du Maitre : (( Vendez ce que vous avez et donnez-le aux indigents ? Quand ils rejoignirent, a Meaux, leurs compagnons, un grand conseil fat tenu. Apres avoir prie le Seigneur et delibere, on decida
i. Ep. et instr., I, 109-111.