CHAPITRE XIII
II y a sur la composition du livre des Exercices spirituals^ une formula dont on pourrait preciser la date et les vulgarisateurs, et qui est celle-ci : dans la grotte de Manrese, la Vierge dicta et Ignace de Loyola ecrivit ce livre fameux.
Dans la vie du convert! de 1521, nous avons dej note les maternelles interventions de Marie; nous aurons les signaler encore. Aux origines d'un ouvrage destine par la Providence & mettre dans la voie du salut et de la perfection tant d'ames, a travers les siecles, il serait inadmissible de refuser une part a Celle que 1'figlise, avec saint Bernard, considere comme 1'aqueduc de la grace et que certains theologiens appellent la coredemptrice des chretiens.
Inigo est parti de Loyola, portant sur sa poitrine une image de Notre-Dame de Pitie. En route, il s'est agenouille dans le sanctuaire de Notre-Dame de Aranzazu, il a consacre quelques ducats a faire orner une image de Marie a Navarette, et il a fait vceu de chastete. Parvenu a Montserrat, devant la statue miraculeuse de la Vierge, il a veille toute une nuit. A Manrese, Marie montrera, meme par des apparitions nombreuses, qu'elle aime son serviteur d'un amour privilegie. Mais, si I'fivangile de saint Luc n'a pas ete ecrit sous la dictee de la Vierge, comment les Exercices spirituels 1'auraient-ils ete ?
En 1625, le P. Muzio Vitelleschi, general de la Compagnie de Jesus, fit peindre un tableau ou Marie, tenant 1' Enfant Jesus dans ses bras, semble parler a Ignace, qui se tient a genoux, le regard leve, la plume a la main, pret a ecrire. Au bas
de la toile, cette legende : Dictante Deipara, discit et docet, Aujourd'hui, encore, au-dessus de 1'autel de la Santa Cueva de Manrese, un bas-relief de Grau, en marbre blanc, repre-
taw* *
sente la meme scene. Ces images du xvn e siecle ne sont pas un instrument de supercherie; elles sont un symbole expressif d'une verite certaine; a la condition de ne point les interpreter dans un sens grossierement litteral. Marie a certainement beaucoup aide le retraitant de Manrese 1 .
Des les premieres annees du xvil e siecle, la grotte de Manrese, appelee aujourd'hui Santa Cueva, a ete I'objet d'une grande veneration. Les marquis d'Aytona la cedent en propriete 1 aux jesuites (27 mars 1602). Peu apres, sur le desir de Marguerite d'Autriche, des fragments de cette roche benie sont envoyes a la Cour (decembre 1602). On dresse, dans 1'excavation, une chapelle a saint Ignace, martyr (1603). On y accourt pour prier, on y obtient des faveurs miraculeuses. Le due de Monteleone y vient en pelerinage de reconnaissance (1606). Les eve'ques de Vich prennent 1'habitude d'y faire visite. Apres la canonisation de saint Ignace (1622) les travaux d'agrandissement et d'embellissement commencent; et rempressement des visiteurs ne fait que croitre. Rien n'est plus legitime. La Santa Cueva merite son nom; elle a e"te sanctifiee par la penitence et la priere d'Ignace de Loyola 2 .
Mais il n'est etabli par aucun document qu'Inigo y ait reside exclusivement, durant une periode quelconque de son sejour a Manrese. Des dires du saint lui-meme, et des temoignages des proces manresiens, il appert qu'il a eu pour domicile du debut, et pour peu de temps, Thopital Sainte-Lucie, puis le couvent des Freres Precheurs. Une cellule monacale etait un lieu pour ecrire ; la grotte etroite et embroussaillee, non. On ne saurait done dire, sans preuves, et centre toute vraisemblance : les Exercices spirituels ont ete ecrits dans la Santa Cueva 3 .