Scr. de S. Ign., I
ensemble de ces verites et de ces recettes, au temoignage de Laynez, date de Manrese.
L'histoire mSme d'Inigo, que nous avons contee, confirme ce temoignage en 1'eclairant. Non seulement a Pinquisiteur parisien, Mathieu Ori, qui le questionne en 1535, Inigo peut remettre un manuscrit qu'il appelle les Exercices spirituels ; mais a Salamanque, en 1527, il faitle meme geste, pour calmer les inquietudes du proviseur ecclesiastique, le bachelier Frias. Ce que renferment ces papiers, nous le savons un peu par les temoins cites aux trois proces instruits par les inquisiteurs d'Alcala en 1527, et par les dires des Manresiens au proces de beatification de 1595. A Manrese, comme a Alcala, Inigo inculque 1'observation du Decalogue, la fuite du peche, la pratique de la meditation et de 1'examen quotidien, de la confession et de la communion hebdomadaires. II expose des meditations et explique des documents spirituels ; il enseigne des manieres de prier et comment se comporter dans les tentations. Ces breves indications des auditeurs nous ramenent, par un mot qu'ils ont retenu, a telle et telle page, du livre des Exercices, tels que nous les connaissons aujourd'hui.
Des 1522, Inigo a done ecrit de sa main un recueil qui comprend, outre des regies d'election, des regies sur les scrupules, des regies sur le discernement des esprits; les trois manieres de prier, la methode de meditation selon les trois puissances de I'Sme; des avis pour la meditation, 1'examen general et particulier, la confession et la communion; des themes de meditation. II est impossible de preciser davantage en quoi consistait le livre initial des Exercices. Mais e'en est assez pour justifier la bulle de canonisation du saint, la ou elle affirme que les Exercices furent composes par un homme sans lettres.
Le grand chroniqueur de FOrdre de Saint-Benoit, Fray Antonio de Yepes, veut a tout prix qu'Inigo ait derive son livre de V Exercitatoire de Cisneros; et que la redaction des
Exercices spirituels soit reportee au temps ou les etudes faites aux Universites lui donnerent competence, en matiere essentiellement theologique 1 .
Quelques annees plus tard (1641), cette double these fut reprise dans un volume intitule : De la religieuse formation de saint Ignace... par les btnedictins. Le livre etait audacieusement moqueur. Le jesuite milanais, Jean Rho, y repondit avec vehemence par Achate a Constantin Cajetan (1644). Le pamphlet paru sous le nom de Constantin Cajetan fut desavoue par le chapitre benedictin de Ravenne, dans un acte solennel (1644). La Compagnie de Jesus, en congregation generate, remercia 1'Ordre de Saint-Benoit de sa protestation (1646). Le libelle fut mis a 1'index (18 novembre 1646). Mais cette condamnation n'empe'cha pas la legende de survivre, dans une sorte de sommeil, interrompu 9^ et la par de brusques reveils 2 .
A Tencontre, il faut tenir pour certaines les conclusions suivantes : de 1522 a 1540, les Exercices spirituels subirent des retouches; il y a longtemps que Nadal 1'a dit avec 1'autorite propre a un grand confident de saint Ignace, mais la substance)) date de Manrese, nous 1'avons note; et la derivation de Cisneros est une fable.
Dans le livre de Cisneros, il y a comme deux livres juxtaposes : un traite en 29 chapitres, d'ailleurs disperses, sur 1'oraison et 1'union a Dieu; un manuel de sujets d'oraison en 1 8 chapitres, ou d'ailleurs abondent encore les theories. L'ouvrage est destine aux moines. Aussi 1'auteur, sans negliger la distinction classique entre la voie purgative (113 p.), la vie illuminative (42 p.), et la voie unitive (41 p.), s'espace surtout sur la vie contemplative a laquelle il consacre presque la moitie du volume (174 p.). L'ouvrage est redige dans la langue speciale des theologiens et des mystiques. Au milieu de la litterature spirituelle de son temps et du moyen sige, qui, des