‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 190 sur 396 · Laynez, Mow., I · texte numérisé non relu

Laynez, Mow., I

3- C'est Salmeron qui a note ce detail dans ses remarques sur la Vie de z par Ribedeneyra. Le P. Tacchi (Storia, II, 113) a trouv6 ce document a 1'Archivio di Stato de Rome. Ces remarques soht une piece diff6rente de celle que les diteurs des Monuntenta ont recueillie (Laynez, Mon., VIII, 8 SS-8 7S ).

durent agreer, puisque, a ce que raconte Inigo 1 dans une lettre a Isabel Roser, Paul III les pria de venir tous les quinze jours, pendant son diner, disputer de choses theologiques.

Cette confiance du'Saint-Pere, le succes des retraites donnees par Inigo, cre"aient a Rome une atmosphere favorable : passe le careme de 1538, Inigo appela a ses cote's, tous les siens. Le gentilhomme remain Quirino Garzoni avait mis a sa disposition, sur les pentes de la colline dominee par le couvent des minimes, dit de la Trinite des Monts, une petite maison entouree d'une vigne. Tous les Iniguistes repandus dans la Haute Italic vinrent s'y reunir, apres Piques de 1537.

Cependant, que devenait le projet de pelerinage a Jerusalem ?

Quand, au printemps de 1537, les envoyes d'Inigo avaient demande la permission d'aller venerer le Saint Sepulcre, leur supplique dressee par Le Fevre 2 , avait bien ete contresignee (7 mai) par le cardinal Antonio Pucci; mais Paul III, en recevant les pe"titionnaires, leur avait dit : Je ne crois pas que vous parveniez a Jerusalem. Le Pape ne parlait pas en 1'air. II venait, aux derniers jours d'avril, de visiter en personne les travaux ordonne's par lui pour mettre en etat de defense le port de Civita-Vecchia. En mars, les Turcs s'etaient empares de Clissa, sur les cotes de Dalmatic. En decembre 1536, une commission de cardinaux avait ete chargee d'aviser aux mesures a prendre pour defendre, cohtre une invasion turque, les Stats de 1'figlise. L'expedition de Charles-Quint a Tunis en 1536, son voyage triomphal a Rome 3 , les bruits des preparatifs belliqueux de Soliman, avaient mis a 1'ordre du jour une croisade. Dans son traite du 14 avril 1536, avec Pempe-

i. Ep. et instr., I, 141 ; Tacchi Yenturi (Storia, II, 121); Id., Case habitate in Roma da S. Ignazio di Loyola, z. Le Fvre, Mon., 9-10.

3. Sur ces fetes romaines, voir Le'on Dorez, op. cit., 255-265.

reur, le pape s'etait engage a une aide eventuelle centre les Turcs; et les efforts tenaces de sa diplomatic pour reconcilier le roi de France et 1'empereur, n'avaient pour but que de les coaliser tous deux dans une guerre centre le Sultan. En somme, le jour ou Paul III avait accueilli par un branlement de tete le projet palestinien des Iniguistes, il y avait douze mois que son esprit etait hante par 1'idee de jeter la chretiente en armes sur P Orient 1 . On comprend done sans peine que, durant 1' etc de 1537, Venise n'ait pas envoye de nave pelegrina et que les Iniguistes n'aient pu partir.

Dans la suite, les evenements ne firent que se compliquer. En juin 1537, Paul III ordonne, dans ses ]itats, des prieres publiques, et lui-meme, pieds nus, prend part a une procession solennelle de penitence. En juillet, les Turcs debarquent pres d'Otrante et devastent le -pays. Bientot, ils declarent la guerre a Venise et cement Corfou. La crainte d'une invasion grandit a Rome : on dresse 1'inventaire des cloches pour les fondre au besoin. Heureusement, la forteresse de Corfou tient bon et les vaisseaux turcs se retirent. Depuis le 1 5 septembre, Venise s'est alliee au Pape contre Constantinople. Les e*chos du Te Deum chante a cette occasion a Saint-Pierre sont a peine eteints, que les iles venitiennes de 1'archipel, Syros, Pathmos, Paros, Naxos, sont prises par les Turcs. Au mois d'octobre, leurs armees menacent la frontiere hongroise, et les troupes du roi des Romains sont battues a Gorian pres de Diakovar. Ces tristes nouvelles ne pouvaient porter, a Venise et a Rome, que la consternation. Cependant, sans se reconcilier, Charles-Quint et Franois I er signent une treve de six mois. Aussitot, Paul III revient a son dessein pacificateur. La conclusion de la sainte ligue qui dresse contre le croissant, 1'empereur, le roi des Romains, Venise et le pape (8 fevrier ^S^), le voyage de Paul III a Nice (mars-juin 1538), la rencontre de Fran9ois I er et de Charles-Quint a Aiguesmortes (14-16 juillet 1538) apres qu'ils ont d6cide une treve de dix

i. Pastor (tr. fr.), XI, 214-224. Dorez, op. oil., 370, 284-285.

ans, eclaircissent bien un pen 1'horizon politique; mais les Turcs sont sur leurs gardes et plus farouches que jamais l . L'heure n'est pas aux pelerinages en Terre Sainte. Le cardinal Contarini etait plus a meme que personne de 1'expliquer a Ignace. Venise, en 1538, n'envoie pas de nave pelegrina. Le pape, de qui la parole est pour Inigo un oracle, lui a dit que Rome serait pour lui Jerusalem. L'apostolat romain porte ses fruits; n'est-ce pas une indication de la Providence? Au milieu de ces souffles contraires, le reve palestinien est emporte au loin et disparait 2 .

Malgre certaines oppositions, durant le voyage du pape a Nice, le cardinal Jean Vincent- Caraf a, qui gouvernait les Iitats de I'Eglise, avait accorde aux Iniguistes facultd de precher et de confesser sans limite aucune de territoire (3 mai 1538). Immediatement, ils commencerent a evangeliser en differentes eglises 3 : Inigo a Notre-Dame de Montserrat, Le Fevre a Saint-Laurent in Damaso, Claude Le Jay a Saint-Louis des Fran?ais, Laynez a Saint-Sauveur in lauro, Salmeron a Sainte- Lucie, Bobadilla a Saint-Celse, Rodriguez a 1'eglise Saint-Ange. Ignace parlait espagnol, les autres prechaient en italien 4 . L'initiative, ne paraissait pas heureuse. Le temps du careme etait passe et par consequent celui de predications ; les nouveaux

1. Pastor (tr. fr.), XI, 227-349. Dorez, op. cit., 288-292, 293-300. Dorez reproduit la fresque de Vasari, au palais romain de la Cancelleria, symbolisant cette reconciliation de Franfois I cr et de Charles- Quint, sous la benediction de Paul III.

2. Ribadeneyra et Polanco regardent comme anormal que Venise n'ait point envoye 1 en 1537 et en 1538, de nave pelegrina. Le fait avait eu lieu egalement en 1533 eten 1534. Et puis le manque de nave pelegrina n'empecha point qu'il n'y cut, ces anndes-la, des pelerins a Jerusalem. Un coup d'oeil sur le repertoire de Rohricht suffit pour s'en convaincre. D'ou cette conclusion : ou bien les Iniguistes avaient decide de faire le voyage, en pauvres, sur la nave pelegrina; ou bien ils ont ignore que des pelerins s etaient embarques sur d'autres bateaux.

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