‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 24 sur 396 · Ribadeneyra, Vida, t. II, c. xvni · texte numérisé non relu

Ribadeneyra, Vida, t. II, c. xvni

savons par un proces quc lui intentc le corregidor d'Azpeitia. Les documents qui nous restent J de cet Episode sont trop incomplets, pour que nous voyons clair dans 1'espece; mais il s'agit evidemment d'un mauvais cas. Les deux freres, Pero Lopez et Inigo, sont en cause; tous deux excipent de leur qualite de clercs, pour se soustraire a la juridiction du corregidor, et en appeler a 1'eveque de Pampelune. Le corregidor suit les prevenus dans cette question de procedure et dispute centre eux, et centre le monitoire public par 1' official de Pampelune pour la defense des immunites ecclesiastiques. Avec les bulles d' Alexandre VI a la main et 1'enquete juridique faite a Azpeitia, le procureur du corregidor comparait a Pampelune (6 mars) devant 1'officialite. Pour beneficier du for ecclesiastique, aux termes du droit en vigueur, il faut que le reclamant etablisse qu'il a porte la soutane et la tonsure, pendant quatre mois au moins avant d'elever son recours. Or il est notoire, que si Pero Lopez est chapelain d* Azpeitia, Inigo a toujours porte des armes, cape ouverte, longs cheveux et jamais tonsure apparente . Comme par ailleurs les delits a eux imputes sont tres graves (muy enormes) pour avoir etc perpetres de nuit, de propos delibere, avec premeditation, ainsi qu'il conste par 1'enquete , le tribunal ecclesiastique est requis de punir Pero Lopez d'une peine proportionnelle, tandis qu'Inigo subira la justice du corregidor. Le procureur d'Inigo invoque le monitoire. Le tribunal suspend toute conclusion et renvoie a dix jours.

Le 13 mai, le proces est repris. Le procureur du corregidor redit son requisitoire, en latin cette fois ; il accuse les prevenus de delits varies, divers et graves (gravia, et diversa et enormid) et refaifr*la demonstration du 6 mars. Aux termes des statuts synodaux de 1449, Inigo devrait etre immatricule sur le registre des tonsures du diocese de Pampelune. II ne Test point. Selon les memes statuts, les clercs du diocese doivent porter

i. Us sont imprimes dans Scr, de S. Ign., I, 565-587. Astrain (I, 14-16) a le premier utilise" ces pieces, de"couvertes en 1882 par le P. Cros aux arch, rnun. d'Azpeitia.

MLS Ms LOYOLA 29

une tonsure, les cheveux coupes court; ils doivent revtir excepte en voyage, une soutane, ou robe ou manteau, ou casaque, ou justaucorps, amples et longs qui descendent quatre doigts du sol; ce vetement ne doit etre ni bleu, ni vert, ni jaune, ni d'aucune couleur voyante; il n'y faut ni broderies ni rayures; et 1'etoffe n'en doit pas etre tailladee; la coiffure comme le reste doit etre de couleur sombre. Or Inigo n'a jamais porte la tonsure comme le veulent les statuts. Ses cheveux, au lieu d'etre courts, descendent jusqu'aux epaules. Les pieces de son vetement sont de couleur voyante; chacune est semee de taillades ou brillent des etoffes d'une autre couleur; sa toque est, comme le reste, fort eclatante. Tout le monde 1'a vu aller et venir, avec cuirasse, cotte de mailles et toute sorte d'armes. Sa vie et ses moeurs sont encore plus seculieres que ses habits.

La reponse du procureur d'Inigo manque a ce dossier incomplet; et nous ignorons la suite de 1'affaire qui dut trainer encore quelque temps; car il existe une lettre de la reine Jeanne a 1'official de Pampelune, pour se plaindre de 1'opposition faite par lui a une sentence du corregidor centre des personnes laiques, en matiere profane .

Nous ignorons dans leur precision les faits qui motivaient la pour suite. Mais ces actes suspects ont eu lieu vers la fin du carnaval, temps de folies. Quatre ans apres, en 1519, dans la maison meme de Catalina de Emparan, a Azpeitia, Juan Martinez de Lasao et Pedro de Ofiaz tueront a coups de couteau, apres de chaudes discussions, Garcia Lopez de Anchieta, neveu du recteur de 1'eglise Saint-Sebastien d' Azpeitia, celuila meme dont les Loyola avaient obtenu resignation du benefice en faveur de Pero Lopez. Ce crime est quasi contemporain des poursuites de 1515; il est commis par des allies des Loyola, dans la maison meme d'une Loyola, sur un clerc appartenant a cette famille Anchieta avec laquelle les Loyola etaient en brouille 1 . La violence des haines locales et des mceurs de

i. Azpeitia, Arch. mun.

Pepoque se revele dans ces exces. A defaut de Penquete du corregidor don Fernando de la Gama, nous imaginons assez facilement de quels delits purent etre accuses Pero Lopez et Inigo. Ce ne dut pas etre un meurtre : le corregidor aurait requis la peine de mort comme il fit en 1519 centre Juan Martinez de Lasao et Pedro de Onaz. Mais il s'agit vraisemblablement d'attaques nocturnes et d'expeditions galantes. La complicite de Pero Lopez qui etait pretre (puisqu'on le qualifie de capelldn dans le proces) ne met malheureusement pas obstacle a la conjecture 1 .

Ce penible incident mit-il fin au sejour d'Inigo dans la famille de Juan Velazquez ? Ou au contraire fut-il pour le coupable une occasion de chercher au loin ou cacher sa honte ? Nous ne savons. Si Inigo revint aupres du tresorier du roi de Castille, ce ne fut pas pour de longs jours; pour le favori des Rois catholiques, la disgrace est toute proche. Comme s'il la pressentait, Juan Velazquez avait constitue, avec 1'approbation de Ferdinand, en faveur de- Paine de sa famille un majorat : il avait fait aussi son testament (22 decembre 1514). Deux ans apres, quand le roi expire a Madrigalejo, le 20 Janvier 1516, Velazquez est a son chevet, comme un serviteur fidele et toujours cher. Mais une clause des dernieres volontes du mourant va devenir P occasion d'un geste fatal qui perdra le tresorier de Castille.

i. Adolphe Coster, hispanisant distingue, a public Juan de Anchieta et la famille de Loyola (Paris, Klincksieck, 1930). Ce travail n'a point la ported que lui attribuait son auteur : parce que, sur les querelles entre les Anchieta et les Loyola, celui-ci n'a pas vu les pieces; il ne fait qu'utiliser les documents public's par le P. Adriano de Lizarralde; parce qu'il interprete ces documents d'une maniere discutable; parce que le rattachement qu'il fait, du proces ou Inigo de Loyola fut inculpe" en 1515, a la brouille des Loyola avec Anchieta, n'est qu'une hypothese; enfin, parce qu'il est inexact que cette brouille et ce proces aient une importance incalculable pour connaitre Inigo et comprendre toute sa destined.

Le livre tres utile et tres lucide du P. de Lizarralde est intitule 1 : Hi$toria del Convento de la Purisima Conception de Astpettia. II est de 1923.

A cette date, depuis quarante ans, le P. Cros avait minutieusenient explore les archives du couvent. Et c'est d'apres les notes copieuses et sures du P. Cros qu'ont e^e" re"dige"s en 1921 les chapitres de mon livre ou est touchee la querelle entre les Loyola ct Juan de Anchieta.

Le roi deiunt avait laisse a Germaine de Foix, sa seconde femme, 3.500 ducats de rente a prelever sur les revenus de Naples. Devenu roi, Charles-Quint fit au testament de son grand-pere une mutation importante : il reduisit a 2.500 le chiffre de 1'argent legue; et il marqua que cette rente annuelle serait a prendre sur les redevances des villes d'Arevalo, Madrigal, et Olmedo et sur celles des cites de Salamanque, Avila et Medina del Campo 1 . Jean Velazquez, averti par Cisneros 2 de la decision royale, en mai 1516, quitte Madrid, rejoint ses terres, proteste centre la violation de ses droits, et organise une resistance a main armee. II assemble ses vassaux, qui viennent d'autant plus volontiers se ranger a ses cotes qu'il est le meilleur des maitres.

Placee au confluent de 1'Adaja et de Arevadillo, ceinturee par 1'Adaja, comme par un fosse tres profond, derriere lequel se dressent les hautes murailles et une citadelle, Arevalo semble pouvoir defier les troupes royales. Pour assurer la garde des faubourgs, Velazquez etablit entre les deux rivieres un palanque fortifie, et attend qu'on le deloge. Cependant qu'il s'embastille ainsi, on met en mouvement diplomatique tout Arevalo. Bientot le conseil royalre9oit une supplique; les notables de la ville protestent, au nom de tous, qu'ils ne veulent dependre que de la couronne. Le Conseil, Cisneros en tete, est d'avis que le souverain doit agreer les demarches, sans prendre aucune decision 4 . Ainsi fait Charles-Quint.

Cependant le Conseil multipliait ses instances pour persuader Velazquez de sa folie. Celui-ci s'enttait de plus en plus dans sa resistance. Pour le contraindre a ceder, il fallut mander a Arevalo, 1'alcade de la Cour, Cornejo, lequel, a force d'actes notaries, reussit a avoir raison de la rebellion de 1'alcade d'Arevalo, qui finit par renvoyer ses hommes d'armes et livrer

1. Gomez Rodriguez dans le Bol. de la Real Academia de Historia de Madrid (juillet 1890), XIX, 5-16.

2. Lettre de Cisneros a Ayala, 3 septembre 1516. 3- Sandoval, Hist, de Carlos V (1608), I, 84-85. 4. Cisneros a Ayala, 3 septembre 1516.

32 KN ATTENDANT LA VKAlfi

la forteresse a 1'autorite royale 1 . Le corregidor depeche par Cisneros re9ut a Arevalo le plus deferent accueil 2 . Ruine, disgrade, Velazquez gagna Madrid. Tout en temoignant quelque froideur, Cisneros lui offrit de s'interesser a lui, en ami. Le vieux serviteur, devore de regrets, ne tarda pas a tomber rhalade et a mourir (12 aout 1518). II va sans dire que sa femme, Marie de Velazco, avait etc renvoyee par Germaine de Foix, dont elle etait jusque-la, la confidente preferee 3 .

Au milieu de ce conflit, quelle fut 1'attitude d'Ignace de Loyola? fitait-il encore, a cette date, au service de Juan Velazquez? Des historiens raffirment sur la foi d'un temoin unique 4 , qui ne parait pas un temoin decisif. Et d'ailleurs, on a peine a se representer Inigo, le feal par excellence, engage dans un acte seditieux contre le souverain. En tout cas, le page du tresorier de Castille ne pouvait que disparaitre, broye dans la disgrace de son protecteur. Ce fut alors, s'il ne 1'avait deja fait auparavant, qu'il chercha asile aupres de son parent Antoine Manrique de Lara, due de Najera, nomme, en 1516, vice-roi de Navarre.

Nous aliens le suivre dans ce milieu, qui bientot tiendra plus de la guerre que de la Cour. C'est la que 1'attend la Providence.

1. Carvujal, Memorial o suma de algunos cosas que sucedieron despucs de la muerte del rey catholico, B. N. de Madrid, Cod. 567, f. 251.

Page 1