CHAPITRE II
Bieti que sa venUe en Navarre Pait eloigttd des rois d*e Castiife, peut-Stre Iriigo de Loyola est-rl sur le chemin d'une plus haute fortune.
Mari^ & Dona Juana, de 1'illustre famiilef catafane des Cardona' (23 septembre 1504); nomme par Ferdinand tresbrier general de Biscaye (30 juin 1505); heritier, par fa mort de s6n pere P*edro (r el? fevrier 1515), des fiefs el du litre difcal de Najera, Antonio Manriqtre de Lara est da un fort grand personnage parnir la noblesse dtt royatime, lorsque la faveur de Charles- Quint le fait, en 1516, vfce-roi de Navarre, et, en 1518, chevalier de la Tbison d'Or 1 .
II est vrai, ce coup avive les ressentimeritg qui depufs longtemps divisent les Manriqtie de Lara des Velazco, conn^tables de Castiile. Mars, aux yetix d'tin tout jeune noble de 24 ans, tel qu'Ini ; go de Loyola, Cfette difficult^ ne compte guere. Dans 1 la marson du vice-roi, rl est chezr un ami des sieris, gentilhomme d'un des plus grands officiers de la couronne, place a un poste oil la bataiile est toujours en perspective. N'est-ce pas avoir toutes les chances ?
D'abord, tout dut tre jouisBance, Antonio Manritjue avait de multiples residences ^; ses fbnctions de vice-roi ne le dis-
1; Luis Salazar de Castro, Historia de la casa de Lara, Madrid, 1694^ II, 170; IV, 293, 299.
2. Le due de Najera avait une residence a Najera meme, et e'e'tait 1-' alcazar des anciens rois de Navarre, situ6 a mi-cote de la colline ou la vilie est adoss ^e, sur la rive gauche de la Najarilla. Get alcazar communiquait par une galerie souterraine avec le Castillo fortifi6 bati au sommet de la colline.
pensaient pas de promenades seigneuriales en ses domaines. APampelune, a Navarrete, a Najera, a Logrofio, Inigo de Loyola suivait son maitre, menant agre'ablement la vie de chateau. Les romans de chevalerie lui agreaient sans doute, autant en Navarre qu'en Castille. Et a la lecture il joignait le jeu, la chasse, et les emotions plus violentes des duels. Bien plus tard, un Manrique, devenu eveque de Salamanque, dira au P. Araoz : Je 1'ai vu de mes propres yeux, un jour a Pampelune, Inigo croisa dans la rue une file d'hommes; quelques-uns de ceux-ci eurent le malheur de le pousser centre la muraille; lui alors de tirer Tepee et de les poursuivre jusqu'au bas de la rue ; si on ne 1'avait contenu, cela aurait fini par un meurtre 1 . Chez les Manrique, comme chez les Loyola, la foi est robuste, mais les moeurs ne sont pas tres reglees. Le due Pedro, mort en 1515 revetu de 1'habit de saint Francis, a une nombreuse descendance illegitime, a laquelle d'ailleurs il pourvoit par testament 2 . Le due Antonio est plus sage, mais son fils Jean- Etienne ne suivra que trop les exemples de son grand-pere. Fiance en 1520, a Aldonza de Urrea, il en abusera outrageusement, sauf a compliquer ses torts par un autre mariage auquel il ne sera pas plus fidele. Assurement ce serait malignite excessive que de reduire aux amusements toute la vie du mesnadero du due de Najera. Mais il serait paradoxal de pretendre que, pour etre devenu plus militaire, aux ordres du vice-roi de Navarre, qu'il ne pouvait Tetre au service du tresorier de Castille, Inigo de Loyola ait etc spudain transporte dans une atmosphere de vertu. II y a longtemps qu'on parle de la licence des camps; et ce n'est pas sans raison. La maison
La galerie existe encore. Du castillo il n'est plus que des ruines. De 1'alcazar subsistent quelques soubassements dont les murs servent d'enceinte a un cimetiere abandonne. A Navarrete, la maison des Najera a disparu. Le souvenir de son emplacement sur la place qui precede le portail de I'^glise n'est gardg que dans la me'moire de quelques e'rudits curieux du passe\
1. Cristdbal de Castro, Historia varia, cite" par Astrain, I, 16.