VHP p., ch. vii
Au sujet du gouvernement du general, Ignace expose sa pensee dans les six chapitres de la g e partie des Constitutions- II indique les raisons pour lesquelles il prefere un chef a vie. Les jesuites sont trop occupes, pour etre distraits de leurs. travaux apostoliques par des chapitres frequents. Et puis 1'exercice prolonge du pouvoir donne plus d'experience, une connaissance plus exacte des hommes, et par \k meme, plusde credit a qui commande. En outre, moins il y aura d'elections et moins il y aura d'ambition et de brigues. II est plus facile de trouver un chef supreme, capable de cette haute fonction, que d'en trouver de nombreux. Dans 1'Iiglise, le pape et les eveques sont a vie. Les chefs d'etat de meme 1 .
L'idee que le fondateur de la Compagnie de Jesus se fait du general de TOrdre, est tres haute. Les pages ou il fait le portrait de ce chef ideal, sont parmi les plus belles des Constitutions. Le general sera done extremement uni a Dieu,. homme d'oraison fervente et de vie pure ; exemple vivant, pour ses freres, de toutes les vertus, et principalement d'une humilite sincere et d'une charite eclatante, qui lerendent aimable a Dieu et aux hommes; maitre de ses passions, circonspect dans son langage; severe et doux a la fois dans son gouvernement; magnanime et fort pour supporter les faiblesses des. siens, entreprendre des oeuvres au service de Dieu, braver les contradictions des puissants, demeurer superieur a la bonne comme a la mauvaise fortune, mourir s'il le faut, au service de son Ordre et par amour pour le Christ. Qu'il soit eminent par 1'intelligence et le jugement, encore que, dans son office, la prudence dans les affaires, 1'artde manier les hommes,. et 1' experience des choses spirituelles, importent plus que les connaissances speculatives ; qu'il soit vigilant et zele dans les, entreprises, vigoureux et perseverant pour les mener a bonne fin. II n'est pas inutile de tenir compte de 1'age, des forces corporelles, et de 1'air, bien que Pestime, la reputation et les.
r - Ch. i, n . i et Dcl. A.
services rendus importent davantage. Que si quelques-unes des qualites enumerees faisaient defaut, que 1'on ne puisse au moins reprocher au general elu de manquer de probite, d'amour pour son Ordre, de jttgement et de doctrine 1 .
A un tel chef, Ignace de Loyola veut que soient confies tous les interets de la Compagnie et de ses mem-bras. Finances, etudes, ceuvres apostoliques ; maisons et hommes; vie interieure et vie conventuelle ; tout depend de lui partout, toujours. L'autorite des provinciaux et des superieurs locaux ernane de lui; il la delegue dans la mesure ou il veut; et leur administration est soumise a son controle 2 ; il peut agir directement avee les superieurs locaux sans passer par le provincial, et avec les inferieurs, sans passer par les superieurs locaux 3 . Neanmoins, il doit partir de ce principe qu'il ne peut tout faire par lui-meme, surtout en des choses qui sont loin de lui ; et 1'un de ses soins prineipaux doit etre de choisir des sinperieurs eapables, a qui il donne beaucoup de pouvoir et une confianee pfeine- 4 .
Pour son enorme labeur, le general a besoin d'etre aide. II aura un procureur charge de la correspondance, quatre assistants qui centralisent les affaires des provinces di verses. Le concours de ces hommes est indispensable, pour rappeler les questions en cours, eclairer les decisions a prendre, et en procurer Fexecution. Cette curie generalice doit etre composee d'hommes instruits, d'une fidelite eprouvee, d'une integrite de earactere a;bsolue. Le general peut ne pas tenir eompte de leurs' avis; lui seul ! a le gouvernement ; mais eux doivent exprimer leur pensee en toute independence 5 . Au besoin, si, ce qu'a Dieu ne plaise, le general devenait indigne ou incapable de sa charge, ils pourvoiraient aux moyens- de le eorriger et meme de le deposer; et ils lui donneraient un vicaire general
i. IX e p., ch. II.
z. IX e p., ch. in, n. 1-20.