‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 242 sur 396 · Xe p., n · texte numérisé non relu

Xe p., n

Pas davantage, Ignace n'a inaugure les Ordres religieux apostoliques. Eusebe de Verceil et Augustin d'Hippone ont organise en communaute la vie de leurs pretres. Mille ans avant Ignace, saint Gregoire le Grand avait dej souffle au monachisme benedictin des ardeurs conquerantes. Un peu plus tard, quels admirables missionnaires, que saint Villibrod et saint Boniface, saint Cyrille, saint Methode, saint Adalbert ! Au milieu du xm e siecle, apparaissent les figures rayonnantes de saint Fran9ois et de saint Dominique; c'est la gloire commune de ces deux patriarches d'avoir cherche le point d'equilibre, ou pourraient se rencontrer la tradition claustrale et le ministere actif de la predication.

L'originalite d'Ignace de Loyola a consiste a donner a 1'Ordre apostolique fonde par lui, une structure k part et nouvelle. Auparavant, tous les religieux dominicains, franciscains, carmes, augustins, benedictins ont un habit particulier, la psalmodie au choeur, des jeunes et penitences statutaires; tous fournissent des eveques; tous nomment aux charges et decident les affaires par voie de suffrage; tous ont la profession au bout d'un an de noviciat. Le fondateur de la Compagnie de Jesus modifie ou supprime ces dispositions traditionnelles. II systematise et prolonge les epreuves des novices; il etablit des voeux simples au debut, et renvoie les voeux solennels au terme d'une longue periode de formation; a la coulpe conventuelle, il susbtitue un mode de correction plus profond et plus rigoureux, par Tusage des admonestations publiques, la surveillance amicale d'un syndic, et 1' obligation du compte de conscience; il supprime 1'habit, le choeur, 1'acces aux dignites ecclesiastiques, les austerites de regie, le systeme electif; le generalat est a vie; et Tactivite s'etend a toutes les formes d'apostolat. Bref, 1'organisation entiere de 1'Ordre est determinee par une pensee dominante : la pensee de former une troupe d'hommes apostoliques, instruits et genereux; dont aucune observance ne diminue la capacite de travail, et dont aucun orgueil ne compromette la docilite au chef qui les commande.

Jusque dans ce xvi e siecle, dont il est, et dans cette Italic qu'il commence a evangeliser en 1537, Ignace de Loyola a eu des devanciers. Gaetan de Tiene, Jerome Emiliani, Antoine Zaccaria sont des saints; leur zele a recrute des compagnons d'apostolat; les theatins, les sommasques, les barnabites sont nes, avant que 1'approbation de Paul III ait sanctionne 1'existence de la Compagnie de Jesus. Successivement, sur ce meme sol italien, saint Philippe de Neri fondera POratoire; le venerable Jean Leonardo, les clercs reguliers de la Mere de Dieu; saint Camille de Lellis, les clercs ministres des infirmes; saint Fra^ois Caracciolo, les clercs reguliers mineurs. Et avant que le siecle ne s'acheve, la France recevra, des mains du v6nerable Cesar de Bus, les clercs de la Doctrine Chretienne. Assurement, entre ces instituts nouveaux et la Compagnie de Jesus, les points de ressemb lance ne manquent pas. Quand on compare entre elles les Constitutions, on est surtout frappe des differences. Non seulement la plenitude et Pharmonie du plan, la prevoyance et la ponderation des details, Paccent ascetique mettent a part Poeuvre d'Ignace de Loyola; mais Pensemble des traits caracteristiques de sa Compagnie ne se retrouve dans aucun des Ordres de clercs, dont Pactivite a prepare ou realise, au xvi e siecle, la reforme de Pfiglise'.

Pour expliquer le livre ignatien des Constitutions, des historiens amis du paradoxe ont hasarde le souvenir des confreries musulmanes; des politiciens credules ont parle d'un esprit machiavelique, dont les monita secreta seraient Pinstrument et la preuve 2 . L'une et Pautre explication est inegale aux faits, elle a la valeur d'un charlatanisme. Personne n'a demontre qu'Ignace ait connu, ou meme pu soup9onner, des confreries musulmanes. Quant aux monita secreta, malgre les editions nombreuses qui les ont repandus partout depuis 1606, leur inauthenticite est certaine; on sait le nom du faussaire fugitif de POrdre, qui les inventa de toutes jpieces. Ce pam-

i. Voir Note 17.

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