‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 243 sur 396 · Voir Note · texte numérisé non relu

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phlet n'a d'importance que pour les cerveaux hantes ou faibles.

Des ecrivains recents ont insinue que le texte des Constitutions est une mosai'que, ou un regard exerce a vke fait de discerner quelques rares fragments ignatiens, au milieu de pieces qui sont de la main de Polanco ou de Nadal. Certainement, Nadal et Polanco ont ete associes par Ignace au travail de la redaction du code de la Compagnie. Mais autre chose est formuler un point de legislation, .autre chose d'en decider. Or, nous le savons par les plus incontestables documents, avant toute collaboration de Nadal et de Polanco, des determinations essentielles ont ete prises, sur toutes les questions d' organisation. Ignace s'est, jusqu'a sa mort, reserve le dernier mot; les manuscrits des Constitutions, de 1551 a 1556, portent la preuve materielle qu'ils ont ete revus par le fondateur. En definitive, si Ignace de Loyola a donne, a Polanco et a Nadal, la plus entiere confiance et a souvent provoque leurs avis, il a accepte seulement ce qui, a la lumiere de Dieu et de F experience, convenait a son plan.

Interroger, reflechir, prier, sont trois operations coutumieres de sa prudence dans les deliberations journalieres. Combien plus s'est-il astreint a cette methode, dans un probleme aussi complexe et aussi grave que celui de la legislation de son Ordre! Et Ton sait qu'a ses yeux, la priere importe plus que la reflexion : la balance de son libre arbitre ne s'inclirie que sous les pesees divines.

II a une ame forte, ardente, passionnee pour Jesus-Christ. II veut cooperer a la Redemption dans une mesure non commune, parce que les ravages du peche dans 1'^glise de son temps humilient sa fierte et lui arrachent des larmes sur les chretiens en perdition. Pour cette oeuvre de salut qu'il inspire, comment le Seigneur refuserait-il sa lumiere ? Outre qu'il est secourable a tous ceux qui Finvoquent, est-ce que la logique meme de ses desseins eternels ne Foblige pas a eclairer la route des envoyes de sa Providence? Ignace implore ces clartes d'en haut, avec quelle ardeur et quelle sincerite! Les feuillets de son journal spirituel le disent assez.

Et cette explication surnaturelle est la seule explication historique qui vaille. Depuis 1521, la main de Dieu est sur cette vie. Par des chemins qui semblent se croiser et en fait se raccordent, le Seigneur conduit 1'ancien combattant de Pampelune a devenir le chef d'une troupe de soldats evangeliques, deVoues au Christ et au pape, jusqu'au sang. La est lacle de cette destinee et le secret des Constitutions.

A soixante ans, Ignace de Loyola est un homme use. L'intelligence est intacte, la volonte a tout son ressort, mais les forces du corps manquent et manqueront de plus en plus. Une fois les Constitutions achevees, le fondateur ne tardera guere a se decharger graduellement du fardeau des affaires. Des 1552, Jerome Nadal commence ses tournees de promulgateur des Constitutions ; il sera elu, en 1554, vicaire general de la Compagnie; la meme annee, Fra^ois de Borgia sera nomine commissaire general pour 1'Espagne. En 1555, Pierre de Ribadeneyra aura une mission dans les Pays-Bas. Cependant, Ignace ne se desinteresse pas de son Ordre. Si ardents que soient ses soupirs vers la Jerusalem celeste, jusqu'a sa mort, il demeure un soldat de 1'figlise militante.

Les Constitutions redigees, il fallait les notifier et les mettre en oeuvre. Pour ce travail important, Ignace choisit un homme jouissant de sa pleine confiance : Jerome Nadal.

Nadal a raconte lui-meme la curieuse histoire de sa vocation 1 . Ce Majorcain avait connu Ignace a Alcala et a Paris, mais sans se Her avec lui; il repoussa meme les avances que lui firent a Paris, Laynez, Le Fevre, et Ignace en personne. Retourne dans son pays, apres avoir pris ses grades en theologie et re9u la pretrise a Avignon, il demeura de longues annees sans pouvoir trouver ni la paix ni la sante. Une lettre de Xavier, qui, des Indes, jetait aux hommes instruits des Uni-

i. Epist. Nadal, I, 1-19.

versites d'Europe, un cri d'appel, le bouleversa, au point qu'il prit immediatement le chemin de Rome. Domenech, son ami de Paris, le presenta a Ignace. Les ExerciceS spirituels transformerent son ame et fixerent sa destinee, apres une tempete affreuse d'incertitudes et de revokes. Ce petit homme, vif, et resolu, d'une intelligence penetrante et rapide, solidement instruit, souple en affaires, devore par le zele du bien, fut un jesuite eminent. Les travaux les plus humbles ne le rebutaient pas, il s'adaptait sans peine aux plus imprevus, il s'egalait aux plus difficiles. Homme de priere, d'etude et d'action, et profondernent attache au chef de la Compagnie de Jesus.

Le 25 mars 1552, il fait sa profession a Rome, entre les mains d'Ignace. Bientot il commence ses courses a travers 1'Europe, le code a la main, qui devait regir desormais toute la Compagnie.

En ce temps, les voyages etaient une rude corvee : sur mer, its devenaient facilement un poeme a episodes imprevus; sur terre, qu'on les fit a pied ou a cheval, c'etaient des entreprises de duree, ou la patience etait aussi indispensable que la vigueur des forces. Sur les courses de Nadal, nous avons la plupart de ses lettres a Ignace de Loyola 1 . Ce sont des rapports minutieux, parfois en quarante et cinquante points, ou les faits seuls importent; de lui-meme le rapporteur ne dit quasi rien, et moins encore s'arnuse"t-il a une chronique divertissante. Mais ces rapides notes d'affaires nous font entrer dans le vif des situations et des hommes. De la Polanco a tire un recit, clair et ordonne, de toute 1'expedition de Nadal 2 .

CeHe-ci dura plusieurs annees. Une premiere randonnee mena le voyageur en Sicile, en Espagne et en Portugal (10 juin 1552-22 septembrei554). Dans une deuxieme (15 fevrierdecembre 1555), il parcourut 1'Allemagne, 1'Autriche et 1'Italie. II etait muni d f une patente du general qui definissait se's pou-

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