Ep. et insr., I
humanites indispensables pour savoir exposer la doctrine; la Compagnie vit dans un temps ou les lettres humaines sont en faveur; elle s'emploie en des contrees diverses, par toute 1'Europe ou le latin est la seule langue commune aux gens cultives. Ces raisons sont decisives. Quant a 1'inconvenient d'un certain humanisme, qui enchanterait 1'esprit au point de le rendre frivole et incapable de serieux travaux, trois choses y remedieront dans k Compagnie : la purete d'intention des jeunes religieux dans leurs etudes; le gouvernement des superieurs, et la grdce de Dieu qui ne saurait manquer aux &mes droites et dociles.
Par-dessus ces fondements des langues anciennes, on pourra construire un edifice de connaissances philosophiques, theologiques, scripturaires et patristiques. Apres tout, le savoir scolastique n'est pas une fin en soi; qui n'etudie pas pour aider le prochain, se derobe a la fin principale de 1'etude. Et n'est-il pas evident, par 1'experience, que, faute du don d'exposer leurs pensees, des docteurs, malgre leur science universelle, sont inutiles aux ames ? Ainsi raisonne Polanco, dans cettelettre a Laynez 1 . Le cas de Ribadeneyra est deborde; c'est en these generate que le secretaire du general envisage les etudes d'un homme de la Compagnie. Et il est certain qu'il abonde dans le sens de son chef.
Ignace veut aussi que les jeunes religieux s'exercent a la predication; a Rome, ils prechent tous les jours pendant le souper.
Ces etudes sont epuisantes pour qui s'y livre avec ardeur. Ignace ne veut point que des penitences ou des veilles indiscretes enlevent aux jeunes religieux les forces necessaires au travail de 1'esprit. Il s'oppose, avec la meme fermete, aux exercices de piete multiplies et prolonges. Certes, il est partisan de la ferveur et de la perfection. Avec quels accents il y exhorte les etudiants de Coi'mbre dans sa lettre du 7 mai 1547. II ne faut pas que les explorateurs, les commer9ants, les soldats les
i. Ep. et instr., I, 519-526.
plus hardis du roi de Portugal les devancent et leur fassent honte; en montrant pour les richesses et les honneurs perissables d'ici-bas, une ambition plus grande que la leur pour les biens eternels. Qu'ils s'animent a la vaillance ! La joie de leurs Sines, le service de Dieu, les services apostoliques de plus tard en seront assures. Malgre tout, la discretion doit tout regler : sans quoi les forces s'epuisent, et Tdme se rela"che. Une fidele obeissance aux superieurs en ce qui concerne la vie spirituelle aidera a atteindre le juste equilibre du devoir. D'ailleurs, rien ne procure presentement la gloire de Dieu et ne prepare la vie apostolique a venir comme les etudes ardentes faites pour 1'amour de Dieu 1 .
En 1548, Ignace apprend qu'a Valence et a Gandie, on donne deux heures a 1'oraison; quelques-uns vont jusqu'a huit heures; il mande aussitot au provincial Araoz, de couper court en persuadant aux illusionnes d'abandonner leur erreur, et en les intimidant au besoin par voie d'autorite; en vue de quoi, il le munit de solennelles lettres de commission, lui conferant tout pouvoir de reformer et supprimer ce qui lui paraitrait peu conforme a 1'esprit de la Compagnie 2 . Au surplus, qu'Araoz lui-meme donne 1'exemple de la discretion, en reduisant a une seule les trois heures qu'il a coutume de consacrer a la priere 3 . Comme il compte qu'Araoz agira, Ignace ecrit a Oviedo, recteur de Gandie, moins categoriquement, mais il lui inculque avec force la necessite, les motifs et les conditions d'une parfaite obeissance 4 .
Deux ans apres (1551), Antoine Brandao, qui avait accompagne Simon Rodrigues a Rome, soumet quelques doutes sur la vie spirituelle. Par exemple, ceux qui .vaquent aux etudes doivent-ils dire la messe tous les jours; combien de temps doivent-ils donner a la priere; et quel est le genre de medita-