‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 300 sur 396 · Scr. de S. Ign., I · texte numérisé non relu

Scr. de S. Ign., I

lumiere, non le reflet de sa propre pensee; 11 croit a 1'utilite d'une opinion librement exprimee et il laisse aux gens qu'il interroge le loisir de la reflexion x ; il penserait manquer de sens et tenter Dieu, s'il demandait d'emettre a 1'improviste un avis sur quoi que ce soit; souvent il exige une reponse ecrite et motivee; toujours il veut que ses conseilleurs, eclairent par la priere leurs propres considerations. Sans doute il se reserve de decider. Mais il n'est point I'-homme des certitudes irreductibles et il ne pretend pas a 1'infaillibilite. Si 1'idee d'autrui apparait meilleure que la sienne, il s'y range de bonne grace; et il avoue 1'emprunt, sans crainte de se diminuer. Par qui sait-on, par exemple, sinon par lui, que 1'idee des colleges est due a Laynez ? Rien n'egale la loyaute, la sagesse, 1' esprit de foi avec lesquelles il traite les affaires.

II excelle a prendre nettement la responsabilite d'une defense, d'un ordre. Mais il sait que les hommes ne font a la perfection que la besogne ou ils mettent leur gout. Et voila pourquoi il prefere engager qu'obliger, persuader que dominer 2 , gagner les coeurs que courber de force les tetes sous le joug. Sans cesser de pousser les siens a la plus complete abnegation d'eux-memes et a 1'indirference, il ne neglige aucun moyen naturel d'assurer a son gouvernement une action suave et puissante 3 . Sa force est souple, parce qu'elle est d'un psychologue et d'un saint. Il ne connait ni impatience hautaine, ni tempete de colere, ni basse rancune. Sa tete est froide, son langage calme, son cceur inepuisablement noble et bon.

En ceux qu'il a Fhonneur de commander, il voit des chretiens rachetes par le sang de Jesus- Christ, aimes et choisis par Dieu entre mille autres. L'humilite sincere et la charite ardente, dont son coeur est plein, ne lui permettent pas d'oublier que, par leurs travaux et leurs vertus, ils sont les supremes bienfaiteurs de la Compagnie, puisqu'ils sont sa vie et sa force meme. Songeant aux plus fervents, il admire et remercie

i. Scr.de S. Ign., I, 398.

z. Ibid., I, 208, 415.

Dieu; il aime les plus faibles d'un amour plus douloureux, mais aussi profond, sans se scandaliser ni s'irriter jamais ; lui center ses propres faiblesses est un sur, moyen de lui ravir le coeur 1 ; il sait, et il gronda un jour Laynez de ne le point comprendre 2 , que partout ou il y a des hommes, il y a inevitablement de I'hommerie.

A la tete d'une troupe apostolique qui a la confiance generale des papes, des eVeques et des princes, et dont les travaux isont singulierement benis de Dieu, il observe, et il veut que les siens observent, a 1'egard des autres Ordres religieux, le plus humble respect.

II est vrai qu'il est jaloux de garder a la Compagnie de Jesus, en son integrite, sa propre maniere d'etre. Malgre les propositions qui lui sont faites, il ne veut pas s'unir aux theatins, aux sommasques ni aux barnabites. En 1547, Fra Francesco de Medde, des mineurs de 1' Observance, rencontrant a Parme Paschase Broe't, suggere la fusion avec les fils de Jerome Miani et de Gae'tan deThiene; a son avis ce serait tout profit pour 1'honneur de Dieu, pour la religion en Italic et le salut >du monde. Paschase Broe't promet d'ecrire a Ignace, sa lettre ne nous a pas ete conservee. litonne du silence, Fra Francesco ecrit au general de la Compagnie et reprend avec lui toute Paffaire (22 Janvier 1547). Ignace oppose (15 mars) qu'il est deja question, a ce qu'il a compris, de joindre ensemble theatins et sommasques; mais alors meme que cela ne serait pas, il voit au projet d'union avec la Compagnie grande difficulte ; et sans autre explication, il remercie le fils de Saint- Fran9oi de sa bonne volonte et de ses saintes intentions 3 .

Cinq ans plus tard, 1'archeveque de Genes, Jerome Sauli,

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