‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 303 sur 396 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

reserve. Toute contestation publique avec d'autres religieux lui etait odieuse.

Noblement jaloux de garder a son Ordre son esprit propre, clairvoyant et energique dans le recrutement, la formation et 1'emploi des siens, prevoyant dans les affaires, calme et ferme devant les obstacles, soucieux de mesurer exactement les resultats, Ignace de Loyola unissait en lui les dons les plus rares du commandement : 1'initiative, le calcul qui discerne les moyens et 1'heure et les hommes, la patience qui temporise et la te*nacite qui va jusqu'au bout de ses desseins. Par ces qualites eminentes, il avait naturellement 1'ame d'un grand chef. Sa foi tres vive et son ardente charite, haussant son ideal et,exaltant sa magnanimite, achevaient en lui le general d'une Compagnie apostolique.

D'apres les Constitutions, le general doit par son esprit d'oraison soutenir I'efFort de 1'Ordre tout entier. Ignace fit cela a la lettre. De sa chambre de la maison professe, il suit du regard, partout ou ils sont, ses fils occupes a etendre le regne de Dieu. II leur parle par lettres; plus encore parle-t-il d'eux au Seigneur dans son oraison ardente. En baisant la page veneree qui leur vient de Rome avec sa signature, ces ouvriers disperses par toute 1'Europe occidentale et jusque par dela les mers, se representent leur Pere a genoux pour eux devant la Majeste divine, afin qu'ils aient un sentiment profond des volontes d'en haut, et un indomptable courage pour les accomplir parfaitement. Et cette vision, en emouvant leur cceur, decuple leurs forces.

Ainsi Ignace pensait-il assurer a son gouvernement la perfection possible en ce monde. L'union a Dieu dans la priere etait le lien infrangible qui tenait tout, le levier puissant qui soulevait tout. Ceux qui s'imaginent le premier general des jesuites comme un homme absorbe en des combinaisons profondes derriere une pile de cartons verts, ou s'entassent les depeches qui lui donnent des nouvelles du monde entier, sont aussi ignorants qu'Eugene Sue. Les calculs d'Ignace n'ont rien de machiavelique. C'est un psychologue qui connait les

hommes, un observateur qui connait son temps, im contemplatif qui connait Dieu. La est tout le secret de sa politique. Elle est feconde, parce qu'elle est plus divine qu'humaine. Apres des siecles, elle vivifie la Compagnie de 1934 comme celle de 1550, precisement parce que la vertu d'en haut, loin de s'epuiser en agissant, garde immuablement une vigueur eternelle.

Page 1