‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 310 sur 396 · Voir ch. xxiv · texte numérisé non relu

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suffisait a le tenir dans Tabaissement. A plus forte raison, quand il se rappelait les merveilles des visions et des consolations celestes dont le Seigneur 1'avait comble, s'ecriait-il avec le psalmiste : Non pas a moi, Seigneur, mais a votre nom soit la gloire.

Et puis, le Sauveur crucifie et sature d'opprobres, etait constamment sous ses regards attendris, comme un supreme modele. Le desir meme de rendre & Dieu amour pour amour 1'entrainait en des abimes d'humilite. De toutes les oeuvres de la vie du saint, la plus etonnante, peut-on dire, est la fondation de son Ordre. Dieu mis a part, tout est fait par Ignace de Loyola, et en des conditions extraordinaires. Nul ne fut jamais plus que lui convaincu que la Compagnie de Jesus etait voulue du ciel, comme un secours pour 1'figlise, un puissant instrument de salut pour les ames, un moyen singulierement efficace de glorifier Dieu. Le desir de procurer cette gloire de Dieu, toujours plus grande, etait Tame meme de son ame. II ne vivait que pour cela. Et cependant, si on etait venu lui dire : Votre Compagnie va disparaitre demain, tout entiere, pour toujours , il ne lui aurait pas fallu plus d'un quart d'heure d'oraison, pour acquiescer paisiblement a la ruine de son Ordre 1 . Tant il etait depris de lui-meme! Tant le bon plaisir de Dieu etait 1'unique mobile et 1'unique fin de son activite!

L'on ne saurait etre surpris qu'un homme aussi mort a luinieme et au monde, ne vecut que de Dieu. L'amour-propre est 1'extincteur de la charite. Dans un coeur detache, la flamme de la charite monte libre, pure et puissante.

Dieu etait pour Ignace de Loyola un souverain incomparable, un chef passionnement aime, un ami dont la presence etait un besoin. La parole dite au Sinai retentissait constamnient a ses oreilles : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de

i. Scr. de S. Ign., I, 244.

tout ton esprit, de tout ton coeur et de toutes tes forces. L' oblation genereuse qui termine au livre des Exerctces, la meditation du Regne, 6ta.it sans cesse sur les levres de ce soldat conque*rant. Dans le livre de V Imitation de Jesus-Christ, combien de fois il avait relu et experimente ce qui y est dit, des admirables effets de 1'amour divin .

II serait difficile de marquer laquelle de ces trois tendances, 1'une plus feodale, 1'autre plus militaire, la derniere plus mystique, dominait en lui. A ne considerer que son langage, pour ainsi dire public, celui qu'il tient, dans les Constitutions et les Exercices, on serait tente de croire qu'il y a, dans son amour, une nuance de respect qui jamais ne se detend ou ne s'oublie. Si nous avions toutes les pages de son journal spirituel, nous verrions que, dans I'intimite de son coeur, il eprouvait comme une soif inassouvie des caresses amicales de Dieu. Sans doute, son ame n'a pas la tendresse naturelle de Pierre Le Fevre; il est meme peut-etre moins sentimental que Pierre Canisius; mais il est plus passionne que tous deux. Nous ne devons jamais Foublier, cet homrne si grave, si energique, si reserve, a passe une tres grande partie des quinze dernieres annees de sa vie, a verser de douces larmes, dans la familiarite de sa conversation avec Dieu.

II marche en sa presence; et la saintete de sa loi le penetre au point que la pensee de s'en ecarter meme legerement lui apparait comme un crime de lese-majeste. A la suite de Jesus- Christ, il veut gagner des &mes a ce souverain unique. Lorsqu'il considere I'lmmensite des conquetes a faire dans le monde, le prix de la vie chretienne, 1'honneur du ministere apostolique, il voudrait avoir la vie des patriarchies, pour en depenser les siecles afin d'assurer la redemption d'un plus grand nombre d'elus. II y pense, le jour et la nuit; dans son lit, a table, a son bureau, a Tautel, dans la rue, parmi les visites qu'il fait, et dans le tracas des affaires qu'il traite, le royaume de Dieu est sa hantise. Et, apres tout, pourquoi ce zele devorant comme le feu, cette action et ces desirs vastes comme le monde, si ce n'est parce que Dieu est son unique bien-aime ?

II 1'aime pour ses misericordes passees, ses faveurs presentes, et ses bienfaits a venir. II 1'aime surtout d'une filiale complaisance en sa perfection infinie. Vers cette beaute et cette bonte supreme, son coeur s'elance et aspire. Meme si elle n'etait pas une vallee de larmes et un chemin infeste de voleurs, la terre serait encore un simple vestibule de la maison eternelle, ou notre Pere nous attend. Aussi, lorsque ses yeux fixent le firmament peuple d'etoiles, symbole de la patrie des elus, Ignace entre en extase. Et en le mettant hors de lui, les delices celestes dont il jouit ici-bas projettent ses desirs et son ame vers cette eternite qui le fixera en Dieu immuablement. Tel saint Paul, tels sainte Therese et saint Jean de la Croix, il soupire d'amour pour Celui qui lui a ravi le coeur.

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