‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 313 sur 396 · Cron., I · texte numérisé non relu

Cron., I

2, Tacchi Venturi, II, 184.

a 1'Ordre nouveau, correspondre avec les missionnaires repandus au loin, preparer les Constitutions. Mais Ignace n'a rien d'un bureaucrate. C'est son coeur qui commande a son cerveau; et ce coeur ddborde de la charite" de Jesus-Christ.

Dans ces Constitutions, il ecrira, plus tard, que les slmes dont personne ne s'occupe doivent attirer les preferences des siens. Le premier il pratique ce qu'il enseigne. II donne tous ses soins au rebut de la population romaine. L'une des consequences forcees de la famine etait la multiplication des orphe- Hns. Ignace de Loyola pourvoit au malheur des enfants abandonnes, par la creation d'un orphelinat de filles et d'un orphelinat de garcons.

Une Compagnie dite des Orphelins avait ete preposee par Paul III (7 fevrier 1540), a la repression des la mendicite paresseuse, en meme temps qu'a la repartition des aumones aux vrais indigents 1 . On devine que, parmi les principaux membres de cette Compagnie , figurent les prelats et des gentilshommes amis d'Ignace. Celui-ci avait fait ses preuves, depuis longtemps, en matiere charitable. Non seulement il avait au coeur la compassion evangelique, qui est I'Sme de la bienfaisance digne de ce nom, mais il avait 1'art des sages organisations. Dans le chapitre consacre a Azpeitia, nous avons raconte quelles initiatives il avait prises, en 1535, en faveur des pauvres honteux et centre les faux mendiants de sa ville natale. Aussi n'est-il pas surprenant que nous retrouvions sa main, dans cette <c Compagnie romaine autorisee par Paul III en 1540. Bien qu'elle s'appelle Compagnie des Orphelins , cette Compagnie s'occupe surtout de rendre la vie impossible, a Rome, aux professionals de la paresse effrontement quemandeuse. Les efforts ne durent pas aboutir comme le pape aurait souhaite. Le 9 juin 1542, Paul III insista encore, dans une piece adressee aux principaux membres de la Compagnie , pour leur rappeler leur role, et les armer de pouvoirs d' execution illimites. Non seulement, ils pourront imposer aux

i. Id., I, 625.

faux meudiants des travaux, emprisonner roeme et bannir de la ville ceux qui refuseraient la besogne imposee; mais quiconque entraverait cette action repressive pourra etre par les delegues de la Compagnie arrete et incarcere, sans autre forme de proces. L'etendue des facultes accordees a la Compagnie montre celle du mal, et quel vaste champ, sans sortir de Rome, s'offrait a 1'activite d'Ignace de Loyola.

Outre les ceuvres creees en faveur des malades, des orphelins et des mendiants, 1'homme de Dieu en organisa d'autres plus difficiles encore, pour la conversion des femmes perdues et des Juifs.

La maison de Sainte-Marthe, dans la pensee d'Ignace de Loyola, etait destined aux femmes de mauvaise vie, soit mariees soit libres 1 . C'est pour assurer la paix de la ville par la paix des foyers, que 1'ceuvre est entreprise; et surtout pour abolir le peche dans les consciences coupables. Un cardinal protecteur, le cardinal de Carpi, preside; sans son avis aucune question grave ne peut etre decidee. Une confrerie dite de la grace est preposee au fonctionnement de 1'ceuvre. Le recrutement de la confrerie se fait par cooptation, a la majorite des suffrages (art. 3). II y a deux presidents, un secretaire, un tresorier (art. 7, 8) et personne ne pourra refuser la fonction a laquelle il sera eleve; s'il a des excuses a faire valoir, la confrerie demeurera juge de leur valeur (art. 5). Le monastere sera gouverne par une prieure, designee par la confrerie et le cardinal protecteur (art. 9). Un chapelain dira la rtiesse chaque jour, prechera le dimanche et les fetes, administrera les sacrements (art. 10). Maitre Ignace demeure charge du gouvernement spirituel de la maison (art. n). Un travail manuel sera impose a toutes : le salaire des ouvrages vendus au dehors sera regie par la prieure. Toutes auront aussi des livres pieux et honnetes, pour s'occuper (art. 12). Toutes seront obligees

i. Tacchi Venturi, I, 642-674.

d'assister a tous les exercices religieux (art. 13). Aucune femme ne saurait etre admise a Sainte-Marthe, si elle n'est pecheresse (art. 14). Avant d'etre admises, toutes subiront une triple epreuve : elles seront interrogees, suivant un questionnaire fixe, par les deux presidents et il sera dresse proces-verbal de leurs reponses; meme epreuve, devant la confrerie assemblee; admises, elles seront confiees au confesseur de la maison qui entendra leurs aveux et les communiera (art. 15). -

Dans les interrogatoires prealables a 1'admission, on leur demandera leur lieu d'origine, le nom de leurs parents et leur domicile (art. i); si elles sont mariees, celibataires ou religieuses (art. 2, 3, 5); quelles raispns les determinent a frapper a la porte de Sainte-Marthe (art. 4); si elles ont des dettes, ou quelque fortune, et si elles sont passibles de quelque peine ou engagees en quelque proces (art. 7, 9); si elles sont pretes a obeir en tout a la prieure et a rester perpetuellement dans la maison, a moins de revenir avec leur mari (art. 8) ; si elles sont disposees a laisser leurs biens au monastere en cas de deces (art. 10) et a subir la perte de leurs biens et la peine du bannissement en cas d'evasion (art. 13); on les avertit enfin qu' elles doivent recevoir les sacrements, selon les indications qui leur sont donnees (art. n); et que personne du dehors ne pourra communiquer avec elles, sans expresse faculte de la confrerie ou d'un des presidents (art. 12).

Nous avons encore la liste des premiers confreres de la Compagnie de la grace : a cote des cardinaux Carpi, Pisani, Farnese, Alvarez de Tolede, Sforza, Guidiccioni, Bembo, et de nombreux prelats, figurent des Espagnols et des Romains amis d'Ignace. Par une Bulle (18 fevrier 1543) Paul III erigea canoniquement la confrerie et enrichit d'indulgences les confreres et les converties.

Ignace de Loyola avait eu 1'idee de 1'oeuvre. Dans les fondations de la maison il avait jete, avant tout autre, une somme de 100 ecus d'or, tiree de je ne sais quelle vente 1 . II travaillait

i. Scr. de S. Ign., I, 357.

lui-meme a retirer de leur fange les pauvres femmes perdues. Ribadeneyra racontc 1 avec emotion qu'il a vu de ses yeux, dans les rues voisines du refuge de Sainte-Marthe, Ignace, Ie visage modeste et joyeux, qui s'en allait claudiquant, tandis qu'a quelques pas une pecheresse le suivait, pour faire son entree au Monastere. La parabole du Bon Pasteur revenait en memoire, en face de cette scene touchante. Et personne, plus que rhomme de Dieu, n'evoquait ce souvenir evangelique. En songeant aux desordres de sa jeunesse, il s'humiliait, louait la miseVicorde divine, et s'enflammait en desirs de convertir les p^cheurs.

Ce sauvetage n'allait pas toujours sans bourrasque. Entre tous, le cas du maitre des Postes pontificales, M-athias Gerard de San Cassiaiio, est celebre 2 . Frustre dans ses passions, ce haut fonctionnaire de la Curie s'aveugla et s'emporta, comme nous 1'avons deja conte, au point de provoquer dans les rues les scenes les plus scandaleuses et les plus outrageantes. Au dire d'Isabelle Roser, qui en informait Marguerite d'Autriche, il alia meme un jour jusqu'a arracher du confessionnal de la chapelle de Sainte-Marthe, le P. Diego de Eguia; et a vomir autour du monastere mille horreurs. Dans sa rage, il n'hesitait pas a dire publiquement : ou Ton me rendra cette femme, ou je ruinerai la maison de Sainte-Marthe.

Ignace provoqua une action juridique. A un premier avis d'avoir a comparaitre pour repondre de ses calomnies et de ses violences, Mathias fit le sourd (7 juillet 1546). Le vicaire de Sa Saintete, Archinto, et Franzini, gouverneur de Rome, renouvelerent leur citation. Le maitre des Postes pontificales fit defaut. Se de>ober ainsi c'etait avouer que la cause etait indefendable. Archinto et Franzini, dans une enquete a Sainte- Marthe, s'etaient d'ailleurs convaincus que, loin d'etre un serail, le monastere etait un lieu de benediction, et Ignace de Loyola, un saint convertisseur.

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